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La crainte et la galère…

Après avoir laissé à Jérôme la lourde tâche d’annoncer la fin de notre histoire aux trois pèlerins qui lisent ce blog, je m’en viens écrire un article bien plus prosaïque sur la croix et la bannière de trouver un nouveau toit où abriter une semaine sur deux mes petits oisillons.

Comme un coup de gueule à retardement, puisqu’après 2 mois et demi à ramer comme une galérienne, j’ai finalement trouvé un nid.

Le 20 mars, on envoyait à l’agence notre lettre de résiliation de bail. Le décompte commençait, il fallait qu’on ait quitté notre 90m2 le 19 juin.

Le bon coin est devenu le site que je consultais le plus, détrônant mon compte facebook et les heures improductives que je passais dessus avant.

La procrastination étant un des piliers fondamental de ma philosophie de vie, il a fallu que je me prenne par la main, et que je décolle la cellulite de ma chaise pour aller visiter un premier appartement. Proposé à la location par une propriétaire étudiante infirmière à l’autre bout de la France (un bon plan pour financer ces études, ça, l’héritage immobilier) je me suis tout de suite projetée dans ce 60m2 un peu trop cher pour moi. Mais naïve, je me disais, solidarité entre corps de métiers, cette petite étudiante va forcément accepter mon dossier. Après m’avoir fait mariner trois semaines, d’un petit mail cordial elle à fini par me répondre que mon dossier n’était pas retenu, mais qu’il ne faudrait pas que je m’étonne que l’annonce reste sur le bon coin, car elle n’avait pas encore trouvé son bonheur. 2 mois après, l’appart’ est toujours à louer…

Je visite un deuxième 60m2. Celui là aussi n’a qu’une chambre, mais depuis le début, je ne me fais aucune illusion, je sais bien que je dormirais dans le salon. Je me projette encore, il est parfait pour moi, et les fours de la pizzeria du dessous m’aideront à économiser le chauffage en hiver. Une dizaine de personnes s’était déjà dit la même chose, et trois jours plus tard, le proprio me contactait pour me dire qu’il avait retenu le gars passé juste avant moi.

Il faut savoir qu’après la garantie de CDI, la réactivité est fondamentale pour trouver un logement dans une ville où pour chaque appart’ en voie de se libérer, 25 personnes attendent à la porte.

Mi avril. Un mois est passé. Je visite un troisième appartement, sans pouvoir faire autrement que d’emmener Arthur avec moi. Le propriétaire me laisse entendre qu’il nous aurait accueillis à bras ouverts, s’il avait eu des bras (il y avait dans les yeux d’Arthur autant de peur que de curiosité, et pour une fois, il est resté sans voix) mais la chambre est en haut de la mezzanine, et n’a pas de fenêtre. Le salon est minuscule, et pour divers autres petits détails, je ne dépose pas de dossier.

Entre temps, je commence lentement à me résigner. Je n’aurais jamais un 60m2. Les trois quart des T2 sont déjà trop cher pour moi. Les annonces de particulier à particulier se font rares, je les connais toutes par cœur. Je contacte les agences immobilières.

Petit florilège de réponses :

-          Il a été rendu en trop mauvais état, il n’est plus à louer pour l’instant.

-          Un propriétaire à racheté les appartements, ils ne sont plus à louer.

-          Les annonces n’ont pas été remises à jour, il est déjà loué.

-          Avec votre salaire, ça ne passera jamais. (Pour un loyer de 580€ charges comprises…)

J’en profite pour préciser que si je dois trouver un appartement dont le loyer ne dépasse pas le tiers de mon salaire, ici, je ne peux même pas prétendre à obtenir un studio d’une pièce. Et le moins cher de tous les T2 qui sont proposés dans la région c’est avec un loyer de 580€, qui ne comprend souvent pas le chauffage dans les charges (et, personne ne me contredira, l’hiver prend bientôt plus de la moitié de l’année…)

Je me résigne à étendre mes recherches. A 10kms d’ici, je visite un 45m2 tout juste refait à neuf. En rez-de-chaussée, tout mignon, tout propre, avec une baignoire, lumineux, je suis la première à le visiter, et l’agent immobilier est tout timide. C’est sur, celui là je vais l’avoir.

Après avoir dépouillé mes parents, qui seront cautions, des justificatifs de toute leur vie, le type me rappelle le lendemain pour m’annoncer qu’en fait, la propriétaire a déjà souscrit à une assurance de garantie de son appartement, et que selon la loi française, il ne peut pas y avoir deux garants sur un même logement. Donc je me retrouve seule avec mon CDD qui ne vaut rien. Il me faut un papier de mon employeur qui atteste que je vais être embauchée en CDI à la fin de mon contrat. Je me tape les 40kms gratos jusqu’à mon boulot, pour apprendre qu’en fait, ils ne stagiairisent plus les auxiliaires, car on est trop nombreuses par rapport aux postes disponibles. Non mais allo ? Je suis sur le poste d’un départ en retraite, ma cadre m’aurait-elle menti ?

Ce jour là, je passe donc du statut de mère célibataire cherchant un appart’ à celui de mère célibataire au chômage cherchant un carton assez grand pour loger 3 personnes.

Ma vie est un mélodrame, toutes mes amies sont en stress pour moi, et moi, j’ai le moral qui part à la dérive. Je me demande ce que je fous là, dans une région hostile, dans un boulot où j’accepte tout pour la seule reconnaissance de mes collègues, adorables, certes ; mais qui ne sont néanmoins pas décisionnaires de mon avenir à l’hôpital. Je me demande surtout ce que je suis entrain de faire à mes fils, et je commence à me dire que je ne vais peut-être pas les avoir avec moi tout de suite.

Dans le même temps on nous prévient au dernier moment que des visites s’organisent pour l’appartement qu’on occupe encore. Il apparaît que le seul moment où ces messieurs de l’agence (agence qui nous a traité comme de la merde pendant trois ans) soient disponibles soit celui de la sieste des petits. Cela dit, en deux visites c’était bouclé, pour la modique somme de 200000 euros, le propriétaire de l’appartement d’à côté se paie celui qu’on laisse. Il va faire péter la cloison du salon, et hop, un petit 200m2 à rénover. Le hasard à voulu que quelques jours après, en chemin pour une quatrième visite d’appartement je croise le nouvel acquisiteur, qui d’un air condescendant me propose de garder l’appart’ encore un mois, si j’ai des difficultés à trouver ailleurs. Ça met en confiance, juste avant une visite. A ce moment, je ne me suis pas du tout sentie pauvre et désespérée. Du tout.

Ce fameux quatrième appart’, donc. La nana de l’agence le faisait visiter à dix personnes dans la même journée. J’attendais sagement dans la rue, avec mon dossier dans la main, et je vois une femme apprêtée qui me demande si je viens pour la visite avec l’agence. Ce à quoi je réponds oui. Elle me présente sa fille et son beau-fils assis un peu plus loin, ce que je trouve assez étrange, et on se met en route, jusqu’à ce que je finisse par comprendre qu’elle est la caution de sa fille, et non pas la susdite nana de l’agence. Sa connasse de fille dans sa blondeur L’Oréal et une moue désagréable aboie : « Nan mais là j’ai rien capté de votre bordel » et le beau-fils, derrière ses rastas bien peignées qui semble avoir à peine un neurone de plus, me fait une croix avec ses deux index en disant « ha mais on est concurrents alors ! » La mère s’exclame qu’on va peut-être pouvoir faire la visite ensemble, j’ai comme une envie de déclarer forfait sans même me battre, mais la dessus arrive la vraie nana de l’agence qui déclare que ce sera chacun son tour, et que les mignonnets ont une demi-heure d’avance. Commence la visite d’un 40m2 qui ne compte en fait que 24m2 où un humain de taille adulte puisse tenir debout puisque tous les toits sont en pente, et qui dispose d’un escalier tellement raide que je ne visualise que trop bien la centaine de façon dont mes enfants pourraient finir poly-handicapés. Mais je suis désespérée, le mois de mai est entamé, je vois le 19 juin, date de l’état des lieux, se profiler demain matin, et puis surtout, je n’ai pas d’autre option.

Le timide de l’autre agence, il ne se bouge pas le fion, et je le relance sans cesse. J’ai réussi à obtenir de ma cadre une attestation qui stipule que je suis embauchée à l’hôpital, sans préciser pour combien de temps. Je ne comprends pas pourquoi il met tant de temps à me donner une réponse, mais c’est compliqué, ce n’est pas lui qui a toutes les cartes en mains, il est bien désolé pour moi, et moi, ça me fait une belle jambe. Un matin il me téléphone enfin. L’assurance qui décide de mon cas demande à avoir la signature de mon prochain contrat, car malgré l’attestation de mon boulot, ils ne sont pas sûrs que je vais avoir un CDI (s’ils savaient !...) Cette signature, toute hypothétique qu’elle est, je ne l’aurais pas avant début juillet.

Étrangement, les hôpitaux ne s’engagent pas sur l’avenir, avec les contractuels…

24 heures après, le timide me rend donc tout naturellement le verdict négatif.

Ce même jour, je décide d’aller pleurer auprès des assistantes sociales. Non parce que j’ai fais ma demande de logement social un mois avant, et qu’il n’est pas question de dossiers prioritaires dans notre bonne petite ville. Alors j’attendrai au moins un an, comme tout le monde. Ce même jour, j’ai aussi une cinquième visite d’appartement. Je commence par aller voir au bureau des assistantes sociales. J’explique ma situation :

« Mais vous avez encore un logement, actuellement ?

-          - Oui oui, jusqu’au 19 juin…

-          - Et bien alors on ne peut encore rien faire pour vous ! »

C’est vrai, finalement, je ne suis pas dans une situation désespérée, j’ai encore un toit pour 1 mois !

Je suis fébrile en arrivant au lieu de rendez-vous pour le cinquième appart’. Je dois retrouver une autre nana d’une autre agence à 11h30 devant l’entrée. Sous mon parapluie, à 11h27, je suis en plein flip parce que la batterie de mon téléphone est à deux doigts de me lâcher. 11h29, je rappelle l’agence : « oui, j’avais rdv avec mademoiselle X, je voulais avoir confirmation que c’était toujours bon. » On me répond qu’elle est en route, mais que le rendez-vous est à 11h30, et que je suis un peu en avance, elle ne va pas tarder. Fébrile je suis, donc.

Le temps de raccrocher que mon téléphone rend l’âme pour de bon, et mademoiselle X arrive. Dans l’ascenseur elle me dit qu’elle a déjà eu plusieurs visites mais qu’aucune n’a rendu de dossier. Elle ne comprend pas pourquoi. Et moi non plus, parce que je n’y passe que 3 minutes, mais je le trouve  parfait ce petit 40m! Super lumineux malgré le temps de chiotte, vraiment, je ne comprends pas. On échange les adresses mail, et sitôt rentrée, je la bombarde de pièces jointes. Le lendemain, comme je n’ai toujours pas de retour de mail, je l’appelle depuis le boulot, où elle me dit qu’elle n’a rien reçu. S’en suit une dizaine de jours où on joue à chat, je suis dans l’attente perpétuelle de ses mails, et cet appart’ est ma dernière chance avant que l’envie me prenne de sauter par la fenêtre. Je retourne une troisième fois au boulot sur un jour de repos, quand elle me demande de faire remplir à mon employeur une attestation comme quoi je suis bien embauchée actuellement à l’hôpital, des fois que mes trois derniers bulletins de salaire et mon contrat en cours ne suffisaient pas… Je lui remets donc la preuve en main propre, lasse de ces petits suspens informatique. Elle me dit que le lendemain soir, j’aurai une réponse.

Le lendemain, en enfilant les blousons des petits pour partir à l’école, j’ai un flash. J’ai laissé ma voiture sur l’un des parkings où s’installe le marché le jeudi matin aux aurores. Ma voiture est donc à la fourrière. Je ne sais pas si c’est la perspective des 113€ à payer, ou le sentiment d’être une mauvaise mère depuis des semaines, ou la fatigue psychologique, ou la liste qui n’en fini jamais de se rallonger de toutes les choses que je dois gérer en même temps, mais j’ai craqué. J’ai marché jusqu’à l’école avec Antoine dans les bras et Arthur trainant la patte, et j’ai lamentablement craqué. Enfin je vous passe les détails pour ne pas sombrer dans le pathos, mais je ne retrouvais ni mon permis de conduire, ni ma carte grise, le policier municipal m’annonçait que mon père allait recevoir le PV puisque la voiture est à son nom, j’ai reçu des escarpins trop petits, il a plu toute la journée, j’ai envoyé valser toute la paperasse de l’appartement, et j’ai signé un chèque avec le sourire du désespoir, le soir, en allant récupérer ma bagnole. Comme je n’avais pas eu de nouvelles concernant mon appart’, et bien que clairement, le mojo ne soit pas avec moi ce jour là, j’ai quand même rappelé l’agence. Ils avaient prit du retard, et je n’aurais la réponse que le lendemain. Jérôme, avec son optimisme légendaire me dis que c’est une façon de me préparer à une réponse négative. Je lui réponds que là, il ne m’aide vraiment pas ; et en allant se coucher j’ai senti qu’il mettait toute la bonne volonté du monde dans son « allez, c’est sur tu vas l’avoir, celui là. »

Et ; oui ; je l’ai eu.

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R
<br /> Bonjour Anne-Claire,<br /> <br /> <br /> Merci de votre réponse. Vous viviez dans quelle ville ?<br /> <br /> <br /> En parlant de bluff, je recherche des personnes qui sont actuellement dans cette galère de recherche d'appartement et qui pensent à falsifier leurs bulletins de salaire, par exemple, pour<br /> décrocher un logement.<br /> <br /> <br /> Si dans votre entourage vous connaissez des personnes qui sont dans cette situation, n'hésitez pas à me joindre.<br /> <br /> <br /> Je vous remercie vivement.<br /> <br /> <br /> Raphaëlle<br />
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R
<br /> Bonjour !<br /> <br /> <br /> Je suis journaliste, je me permets de vous contacter suite à votre<br /> post du 2 juin. Je recherche des<br /> témoignages de personnes qui ont ou qui ont eu du mal à trouver un logement à Paris (et région parisienne), au vu d'un marché locatif de plus en plus<br /> difficile. <br /> <br /> <br /> N'hésitez pas à me joindre par mail :<br /> <br /> <br /> raphaelle.journaliste@gmail.com<br /> <br /> <br /> ou par téléphone : 06 66 17 64 82.<br /> <br /> <br /> Je vous remercie.<br /> <br /> <br /> Bien cordialement,<br /> <br /> <br /> Raphaëlle<br />
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A
<br /> <br /> Bonjour,<br /> <br /> <br /> Je ne suis pas de Paname, mais en province, c'est la même chose, mon article en témoigne!<br /> <br /> <br /> Les agences demandent de plus en plus de garanties, les particuliers sont méga frileux, bientôt il faudra trois générations de cautions pour espérer trouver un<br /> logement.<br /> <br /> <br /> Dans un contexte où même les emplois sont précaires, c'est un cauchemar que de trouver un logement. Chacun pour soi et Dieu pour tous, les maîtres mots pour se loger<br /> sont réactivité, paperasse à foison, et surtout : bluff...<br /> <br /> <br /> Je suppose que vous n'aurez donc pas de mal à trouver des gens prêt à témoigner. Bonne continuation à vous.<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> Salut Anne-Claire ! Ca fait plaisir d'avoir de tes nouvelles grâce à ton blog ! As-tu reçu mes mails ? J'espère à bientôt ! Sam<br />
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P
<br /> Bjr, Anne-Claire, le dimanche 6.07 à Bellevaux à midi, ta présence serait comme lumière.<br /> <br /> <br /> Bises<br />
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E
<br /> "Après avoir dépouillé mes parents, des justificatifs de toute leur vie"<br /> "Ce jour là, je passe donc du statut de mère célibataire cherchant un appart’ à celui de mère célibataire au chômage cherchant un carton assez grand pour loger 3 personnes." Mon Dieu, tu es<br /> fabuleuse, j'ai ri et j'ai pensé "mais je l'adore!!"<br /> <br /> Tu sais à quel point j'ai vécu cette épopée avec compassion et nervosité, ton humour est désespéré, si drôle mais si tremblant de stress encore, je te souhaite de vite trouver tes marques, de<br /> prendre confiance en toi et surtout... de beaucoup mieux organiser tes papiers (hahaha)<br /> <br /> Des bisous d'amour ma grande, may the force be with you!!<br />
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