« Bonjour madame ! Une petite question indiscrète : qu’est-ce que vous cachez sous votre manteau ? »
Ça faisait trois jours que je n’avais pas mis le nez dehors ; je venais tout juste de déposer Arthur à la crèche, j’étais une femme libre pour trois heures, la démarche assurée, ouverte à toutes les possibilités que m’offrait l’après-midi ; et voilà ce que le premier mec que je croise me sort.
Ma répartie légendaire et moi, on a juste répondu à son sourire, décontenancées, avant de continuer notre chemin, en observant cette excroissance abdominale dans le reflet des vitrines.
Ça fait un petit moment que je ne suis plus une femme libre. Et même si j’oubliais que je ne suis qu’une matrice, je pourrais toujours compter sur une remontée acide, ou un coup de pied bien prononcé sur ma vessie pour me le rappeler. Alors merde! Laissez-moi l’illusion quand je peux ! Est-ce que je serais allée lui demander, à lui, si c’était sa subtilité qu’il cachait au plus profond de son trou de balle ?
Non mais c’est vrai, je n’ai, a priori, rien contre les rapprochements sociaux. C’est beau la complicité entre deux humains lors d’une rencontre fugace. (C’est comme ça que je plaisantais bien avec mon boucher, jusqu’à ce qu’il se foute de ma gueule en me vendant une escalope qui aurait été la même à Carrefour Market. Mais c’est une autre histoire.) Donc, échanges avec des inconnus, pourquoi pas, mais pas si ça doit me plonger dans des interrogations qui me bouffent tout mon paisible après-midi. Surtout pour n’avoir aucune réponse au final.
Parce que pourquoi, mais pourquoi est-ce que ce type m’a dit ça ? Pour se moquer, genre « Han comme tu vas galérer pour le sortir celui-là ! J’aimerais pas être une femme ! » Ou alors pour que je relève la tête, qu’il voit mon nez rougis par le froid et décide d’en rester là parce que même si mon ventre rond pouvait à la limite le faire fantasmer, ma peau sèche et mes yeux qui pleurent sont résolument trop un tue l’amour ? Plus probablement parce que sa femme est dans la même situation que moi et qu’il a voulu se la jouer futur papa compréhensif et heureux.
Quoi qu’il en soit, il a plombé l’ambiance.
J’en ai maaaarre d’être enceinte !!
Hier, je me suis fais du bien. Hier, je me suis fais du mal.
Entre les deux, je ne sais pas, mais j’ai passé une heure à regarder la collection printemps été du catalogue de la redoute, en notant scrupuleusement tout ce qui me plaisait. En faisant des calculs sur le nombre de kilos que j’aurai perdu à l’arrivée des beaux jours. En rêvant du petit ventre plat (que je n’ai jamais eu) que j’aurais retrouvé et sur lequel je glisserais un superbe petit top en coton. Que j’agrémenterais d’une ceinture et d’un chèche, le tout porté avec un pantalon masculin. Quand j’en suis arrivé à la lingerie, j’ai refermé le catalogue. Je ne suis pas complètement maso, non plus. Alors j’ai pris une calculatrice et j’ai fais le total de ce que j’avais déjà noté. 760,90 euros.
Et puis j’ai décidé d’épouser Johnny Depp.