Les mains dans la lessive, l’urine et la merde, le regard perdu dans l’eau trouble et savonneuse du lavabo, je suis vide.
Je hurle sur un enfant qui me regarde sans me voir ; nu dans la baignoire, et qui fait des simagrées, comme le bébé qu’il n’est plus aurait pu faire pour m’attendrir.
Attendrie, je ne le suis plus vraiment. Vraiment trop peu. A la rigueur coupable et chagrine au moment où je m’attarde à veiller sur leur sommeil.
Je hurle d’incompréhension, je hurle ce qui me dépasse, ce que je ne supporte plus.
Je hurle la colère contre moi-même de ne pas réussir à m’arrêter de hurler. D’être une véritable furie.
Une sorcière.
Une lingère de fait qui ne voit plus le résultat de l’équation entre 8 pantalons qui sèchent sur l’étendage et une armoire vide. (« crévindiou, mais qu’est-ce que j’ va lui mettre sur l' cul ? »)
…
Je suis démunie face à ce petit garçon, avec lequel je n’arrive plus à communiquer.
Un petit garçon qui refuse de grandir. Qui me fusille de ses yeux noir avant de se mettre à pleurer, alors que je veux simplement lui mettre un slip.
Simplement.
Ce qu’il veut simplement, lui, c’est commencer par le dessert, c’est un câlin sur le canapé enroulé dans mes bras mais pas trop non plus, c’est le bâton qu’a son frère, c’est mettre ses bottes à l’envers, avoir la tête en arrière à « tu m’aimes ou tu m’aimes pas ? ». Non, il n’est pas compliqué. Il est un électron libre.
Mais si c’est simple, il y a aussi tout le reste, qui envahit le quotidien, le jour sur deux où il décide de n’en faire qu’à sa tête. Sa tête de petit coriace borné qui se croit plus fort que sa mère à ce jeu là.
Qui est plus fort que sa mère puisqu’il m’a poussé dans des comportements vicieux : l’anticipation, l’évitement, la feinte, le contournement... Je sais comment tu fonctionnes, alors je vais tout faire pour que tout fonctionne dans ton sens.
Mais quand le constat est établit, mon gars, il faut revoir ses stratégies. Si je t’encourage insidieusement à rester ce bébé autoproclamé, on court à la cacastrophe (si si).
L’heure est à l’offensive. Tu es fripon, je vais être frontale. Tu te joues de moi, je vais changer les règles, Einstein.
Petit manipulateur attachant, tu vas voir, grandir, c’est rigolo. Et si tu as peur, un petit peu comme moi ; je te tiendrais la main, il paraît qu’à deux on est plus fort. Mon indétrônable petit chat…
Jacques Higelin et sa fille Izïa, qui ont bercé l'écriture de ce texte, sur lequel j'étais depuis longtemps...