« Les optimistes pensent que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, les pessimistes en sont intimement persuadés. »
[attribué à Pierre Desproges, mais les sources divergent (et dix verges, c’est énorme)]
Mon père me traite d’hérétique, mais en vérité je vous le dis : il n’y a plus de saisons !
En octobre 1984, –je m’en souviens, j’ai vu les photos– ma mère était devenue maman, mon père avait un sourire béat, et ils exhibaient mon couffin, dehors, en pull, dans la douceur de la dernière quinzaine du mois.
28 années plus tard, jour pour jour, à peine sortie d’une otite hybride, j’enchaine avec une rhinorrhée, des maux de gorge et des boutons de fièvre.
Et…
Il neige.
Des saisons de mon enfance, je me souviens l’automne, l’hiver, le printemps, l’été. Aussi la date de chaque changement de saison, comme une frontière temporelle qui seulement une fois franchie autorisait le rougissement des feuilles, les premières neiges, le magnolia en fleurs, et les vacances à Toulon.
L’été il faisait chaud, et l’hiver, il faisait froid. Le reste du temps, on était bien. De la pluie en automne, du vent au printemps. C’était ponctué. Bien huilé. On savait toujours où on en était. C’était immuable. Pour une angoissée de mon espèce, c’était parfait. Il n’y avait pas de surprise, je me situais bien dans la fuite du temps. J’avais des repères stables.
C’était rassurant.
Aujourd’hui, tout se chevauche, c’est un calvaire dans lequel un jour tu ranges tes fringues dans un carton, et le lendemain, tu ressorts tout. Même la mode doit s’adapter. C’est vrai, c’est quoi, une « robe pull » sinon un paradoxe complet, une antithèse par excellence ? … C’est ce que tu vas porter 6 mois de l’année pour continuer de montrer tes jambes sans te peler le cul.
Alors traitez moi d’extrémiste de la caricature, mais aujourd’hui, soit tu crèves asphyxié par ta propre sueur, soit tu te pèles grave le cul. Sinon, c’est qu’il pleut.
Et je ne parlerai pas de réchauffement climatique. Ce serait vain de toute façon, on a déjà vingt ans de retard ! Et pis de toute façon aussi, on va tous crever !
Mais quand je vois le vent qui se déchaîne, le soir, à travers les vitres dégoulinantes de buée de mon salon, et que j’ouvre, pour fermer les volets, et que comme ça, en cinq secondes le froid m’agresse pour me brûler les doigts –que j’ai déjà lacérés de crevasses–, j’ai des sueurs froides, des cauchemars d’Armageddon où j’ai des visions de moi à 40 balais, aussi seule que Will Smith ou Viggo Mortensen (et, comble du désespoir, en moins sexy), errant dans un monde mort, à chercher une échappatoire, une solution qui n’existe en réalité que dans ces putains de films de science fiction. Je verrais mes fils tétanisés par le froid sous des couvertures miteuses, avec pour seule issue réaliste la mort par hypothermie.
OUI je suis pessimiste mais les températures extrêmes, ça me flingue, ça me déglingue! Je perds tout espoir, je me projette dans un avenir prochain nécessairement cataclysmique et voyez-vous,
je ne veux pas crever dans d’atroces souffrances !
Le pire pour une angoissée, en dehors du stress permanent de ne pas savoir de quoi la minute suivante sera faite, c’est d’avoir l’imagination nocive dans les phases un peu « down ». Et là, ça sert à rien de rationnaliser.
- Ça caille putain !
- Ben mets un manteau.
- Mais merde ! Je suis entrain de te dire qu’on est le 30 octobre et qu’on se croirait en février, que y’a plus de saisons, que dans dix ans on se battra dans les supermarchés pour faire le stock de conserves en prévision des 6 mois de gel qui nous forceront à l’isolement chez nous ; que y aura plus que les riches qui auront pu économiser sur les 6 mois de canicule qui pourront se payer du chauffage et que nous autres on devra faire du feu avec nos chaises pour pas tomber en dessous des 10° dans l’appart’, et toi, toi tu me conseilles de mettre un manteau ? Et comment tu feras, quand t’auras plus de chaises ??
- …
Je sais bien, que je ne suis pas raisonnable, que je suis à deux doigts d’une névrose pathologique, mais j’ai besoin d’être en confiance pour être bien. Et quand il fait nuit de 17h45 à 7 heures, quand j’ai la peau violacée du matin au soir, quand j’ai froid à l’intérieur de moi, quand j’ai 18 kilos de fringues sur le dos, quand je dois moucher des nez et humidifier l’air, JE SUIS PAS EN CONFIANCE. Surtout si tout ça arrive alors que je n’étais pas préparée psychologiquement, et surtout, si ça arrive trop tôt.
C’est l’hiver en automne, le temps à l’envers. La météo qui se révolte, mais ça ne choque personne.
Et bien soit.