Parmi les activités épanouissantes à faire avec un tout petit enfant, on compte le bain. Tâche qui revient assez quotidiennement au début, quand le nourrisson est tout neuf et qu’on le considère comme la huitième merveille du monde. C’est en fait surtout que les mois qui suivent sa naissance, le petit fait des cacas tellement monstrueux qu’en général une couche n’y suffit pas, et qu’il s’en met plein le dos et les jambes. Le bain à cet âge, c’est une question de confort, donc. De nécessité aussi, oui. Et puis le temps passe, et bien qu’il chie toujours dans sa couche, on se lasse. Maman a déjà passé la journée avec lui, et papa n’a pas franchement envie d’aller suer dans la salle de bain surchauffée pour ramasser tous les jouets qu’immanquablement l’enfant jette par-dessus bord.
Jeudi en revenant de la crèche, Arthur puait la collectivité. Après une tentative vaine à vouloir le coucher pour une sieste de fin d’après-midi, on est allé préparer le bain. Je venais de vivre cinq heures oisives, j’étais toute disposée à passer un bon moment de détente avec lui, assise sur les toilettes jambes croisées avec un bon bouquin, en attendant que l’eau soit froide et qu’il frôle l’hypothermie. (Si on ne fait pas des expériences à son âge, alors quand ?)
Et en parlant d’expériences…
Je ne me suis pas absentée une minute. Juste le temps d’aller lui chercher un body ; qu’en revenant, Arthur avait la main sous les fesses. A peine lui avais-je sortis une petite réflexion (« mais te mets pas les doigts dans le cul ! » Je suis une vraie charretière, parfois) que mon regard se posait sur les 2 gros objets flottants identifiés. Et les bateaux en plastique étaient déjà tous hors de l’eau à ce moment là…
Je savais qu’au lieu de demander à l’auxiliaire de puériculture si Arthur n’avait pas déjà dit ses premiers mots j’aurais du être plus pragmatique pour savoir « et il a fait caca ? » Si j’avais su que non, jamais je l’aurais mis dans un bain décontractant à 37°.
Dans les situations d’urgence, je suis nulle. Faut dire qu’Arthur ne m’a pas aidé. Alors que je répétais comme une hystérique « caca, Arthur ! Il faut dire caca ! » en l’enroulant dans la serviette, il en profitait pour remettre ça. Ni une ni deux je le pose encore tout ruisselant sur son pot en lui expliquant qu’il faut pousser. Il a l’air tout gêné d’être assis là, sans comprendre ce que j’attends de lui. Je le trouve attendrissant. Jusqu’à ce que je réalise qu’il est assis trop sur le côté du siège, et qu’on n’a rien fait de plus qu’étaler sur ses petites fesses ce qu’il avait commencé.
Au bord du désespoir, je suis à deux doigts de choper le premier tee shirt qui vient pour essuyer tout ça lorsque je trouve des lingettes laissées dans le coin par erreur.
Arthur est enfin sec, je le fais patienter cinq secondes, le temps qu’il m’a fallu pour enfiler des gants, bloquer ma respiration et récupérer les deux choses molles pour les jeter dans le chiotte.
Depuis cet épisode, j’ai revu mes objectifs à la baisse, et je me dis que si Arthur dit caca avant papa, je serais la plus heureuse des
mères.