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Pourquoi je suis mieux que Jérôme

Je ne m’énerve jamais pour un rien. Alors qu’il peut craquer son slip pour une porte d’étagère un peu de travers.

Je sais reconnaître que je n’ai pas toujours raison, et j’admet donc sans problème que je peux avoir tord.

Je suis toujours de bonne humeur. Y compris le matin. Monsieur, lui, ne peut s’empêcher de serrer les dents et d’arborer un air maussade pendant un temps, des fois même jusqu’à 15 heures. J’accepte la critique, et je suis capable de rire de moi-même, car je n’ai pas un orgueil démesuré qui ferait de moi, parfois, une personne guindée. Alors que lui ne comprend pas ; n’est même pas en mesure d’entendre qu’il puisse être drôle de l’avoir vu s’étaler par terre. Avec lui, on peut rire de tout, sauf de lui justement.

Je sens toujours bon, même quand je transpire. Quand Jérôme fait une heure de vélo, on dirait qu’un poney constipé est venu squatter le salon.

Tout m’intéresse et j’ai une capacité d’écoute et d’attention sans bornes. Très souvent Jérôme ne me répond que par des « hum hum » sans conviction. Parfois même il me regarde et baille sans retenue.

Je n’ai rien oublié de tout ce qu’on a vécu ensemble. Au contraire, je ne compte pas le nombre de fois où il m’a fait passer pour une mytho devant nos amis ou nos famille parce qu’il a répondu « non » alors que je lui demandais s’il se souvenait d’un truc qui nous était arrivé.

J’ai toujours un petit mot gentil à son attention. Lui me trouve sans arrêt un pet de travers : un fil de gruyère sur le menton, le tee shirt à l’envers, les lunettes qui me tombe du nez…j’en passe, et des meilleures !

Monsieur à ses humeurs, on ne peut pas plaisanter tout le temps. Il y a des moments, pour ça ; des circonstances, pour s’amuser. Le reste du temps il faut prendre la vie au sérieux, et avoir l’air austère, parce que monsieur n’a pas envie de rire, et donc tire la tronche.

Je ne pourrais pas être exhaustive, ou bien ce serait trop long, mais sans parler de perfection –je suis par nature bien trop humble pour cela– il semble acquis que je suis meilleure que Jérôme, dans bien des aspects de la vie quotidienne. Mais si j’écris tout ça, c’est pour vous dire, à vous qui êtes les « mieux » du couple : oui, c’est souvent difficile de vivre avec tous les petits défauts de l’autre (et moi, vous êtes maintenant témoin, je suis vernis) mais n’oublions pas qu’il sont aussi rempli de qualités merveilleuses (même s’il faut creuser un peu).

Et puis qui sait ? Le moins bien des deux, c’est aussi peut-être vous…

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J
Pourquoi je suis plus con que ma chérie<br /> Je me permets d’être grossier car parait-il, personne ne lit les commentaires. Tout petit déjà j’avais une acuité à cerner mes multiples talents. Cette réelle aptitude à révéler chez moi les moindres de mes qualités m’a conforté dans l’idée que j’étais vraiment quelqu’un d’exceptionnel. Mon narcissisme était à son apogée et de l’univers entier ma compagnie était pour moi la plus délicieuse. Ma prétention était donc sans bornes et vous me croirez sans peines, j’ai grandit sans la perdre. Mais non content de me trouver sans cesse de nouveaux atouts je commençais à en débusquer aussi chez les autres. Je prenais alors conscience de l’universalité de l’extrême potentiel de l’être humain. Je n’étais pas le seul à posséder les caractères du génie. Les plus incroyables vertus, les dons les plus nobles étaient là en chacun de nous et il suffisait d’être attentif pour les voir même dans les yeux globuleux d’un vulgaire badaud. Même mon chat mimi, était doté de capacité étonnante et se fut 18 années durant mon maitre à penser. Je vous souhaite de rencontrer un jour un félin philosophe dont les enseignements dépassent vous pouvez m’en croire, les meilleurs cours d’éthologies. Et puis le rideau est tombé, le trop vieux chat est mort et avec lui ma jeunesse et mes douces illusions. Je savais l’homme capable du meilleur et apte aux merveilles mais la peine devait inévitablement me contraindre à un peu plus de lucidité. Déçu par tous comme disait Cioran on finit par l’être par soi-même et moi j’ai commencé par là (à moins que ce soit par ici…). Je devenais éveillé brutalement et à jamais sur ma déplorable condition humaine. Mon œil gauche dessillé me permettait de distinguer en moi d’autres épaisseurs et de plus sombres dispositions naturelles au fin fond de mes abysses. Découvrant mes inclinaisons douteuses niées jusque là je fus pris d’horreur et d’effroi. Je prenais conscience de ma vulgarité suffisante, de mon égoïsme moqueur, de mon mauvais gout systématique, de mon orgueil insensé, de ma bêtise caractérisée, de mon humour décalé voir carrément barré et je n’aurais que trop de facilité à continuer pendant des heures cette effroyable liste. Mais comme un malheur ne vient jamais seul je commençais à trouver mes sujets d’estime lamentable comme si leurs failles s’affichaient sur leurs visages au point qu’ils furent complètement défigurés par leurs banalités mesquines. L’admiration faisait place au dégout même l’abbé Pierre, ce monstre de générosité avait une part d’ombre. Quel sinistre tableau que celui-ci n’est-ce pas ? Ceux la même qui hier me semblait porter autant de charmes n’arboraient plus aujourd’hui que les stigmates de la médiocrité. J’en venais à me convaincre que même les cœurs les plus purs, les cerveaux les plus honnêtes étaient capable du pire et des plus profondes nullités. La cause en était cette foutue sensibilité au ressentiment et ce reflex grossier de toujours réagir plus avec ses trippes qu’avec ses neurones. Submerger par d’humaines émotions les identités les plus affirmées ne résistent que trop peu et le ciel peut très vite s’assombrir. On ne peut être irréprochable si l’on est humain et le diable peut porter les habits d’un saint. Face à ce constat terrible j’aurai pu choisir d’en rire mais je ne l’ai point fait. C’est avec sérieux et gravité que j’ai accueillit la nouvelle. J’ai donc refusé de m’armer de cynisme d’ironie et de folie pour lutter contre l’absurdité des hommes et c’est pour cette raison que je suis devenu un gros con.
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