Il fait beau. Depuis ma fenêtre, c’est déjà un défilé de nanas en sandales. Au fond de leur chaussette, sous la pantoufle, mes doigts de pieds crient à l’injustice.
Ce matin à 7H30 en allant chercher le pain je croise 5 collégiennes qui me renvoient mes 3 trains de retard sur la mode du jour. Oui parce que même si j’ai facilement 10 ans de plus qu’elles, les collections enfants, ça n’existe plus. Limite c’est moi qui passe pour une gamine avec mon look, en fait.
Mais là n’est pas le problème.
En dépassant ces filles en tee shirt alors que le soleil n’est même pas sortit de derrière la montagne, je réalise à quel point j’ai vieilli. Marrez-vous, les quadras, quinquas, sexas qui me lisez, n’empêche que j’ai jamais été aussi vieille qu’aujourd’hui !
Flash back, avril 2000. J’enfourne mes tartines en vitesse avant de partir au lycée, la tête pleine de toutes les conneries qu’on a prévu de faire avec les copines. Ma mère passe dans mon dos et me demande : « tu ne pars pas plus habillée que ça ? » et moi je pense que je suis bien contente de ne pas avoir hérité de sa frilosité… Mouais tu parle.
10 ans plus tard, en suçant un bonbon au miel je maudis ce mal de gorge qui m’empêche d’élever la voix sur mon fils qui vient de cirer le parquet avec 72 lingettes pour bébé, pendant que je donnais le bain à son frère. Mal apparu après un petit courant d’air de rien du tout. Alors que j’ai toujours adoré ça, les courants d’air. Vraiment, c’est moche de vieillir…A 16 ans, ça ne me serait jamais arrivé. J’étais invincible à 16 ans. J’ouvrais la fenêtre de la salle de bain en plein hiver après ma douche en inspirant l’air glacial, la gorge nue, tout ça pour pas aller à la piscine le lendemain, mais les microbes m’évitaient toujours.
Tout ça pour dire que quand j’avale ma salive, ça me brûle dans le gosier.
Et que plus le temps passe, plus je me sens proche de Dave. Moi aussi j’irais bien refaire un tour du côté de chez Swann.
Dave a fait sur la patinoire ce que Jésus a fait sur l’eau. Epatant !
Enfin moi, l’arrivée du printemps, ça me rend grave nostalgique. Non seulement la nature renaît à chaque fois, pendant que toi tu vas sans cesse un peu plus vers la fin, mais surtout, ça me rappelle ma madeleine de Proust à moi, qui sent bien moins le beurre que la nicotine.
Le soleil, le ciel bleu, un petit air frais et printanier ; quand arrive le café de midi, j’ai des démangeaisons entre l’index et le majeur. Boire son café fumant, tout en s’en grillant une petite, vautrée sur une chaise au soleil…Bientôt 5 ans que j’ai arrêté, mais à chaque retour des beaux jours c’est le même refrain. Avec la cigarette, j’ai vécu mes plus belles années de liberté et d’apprentissage. Je retombe dans des tas de souvenirs délicieux où en cette saison l’on fumait nos clopes dehors à se bidonner pour pas grand-chose. Dans nos tête c’était déjà les vacances, on se laissait aller à une non-productivité revendiquée, on ne se souciait de rien…J’étais vivante et tout me paraissait possible. Le bon temps, quoi ! Alors forcément, y’a un manque qui s’installe et je retrouverais bien cette continuité de ma main, à l’occasion… Quand le temps s’y prête et qu’au lieu de me ronger les ongles je pourrais m’accorder 7 petites minutes de détente toxique.
Comme avant…