D’abord, il y a eu les réseaux routiers, et les voies ferrées. On pouvait se déplacer autrement qu’à pied ou à cheval. Puis, la vitesse, liée à la puissance des machines. On a pu aller très loin, plus vite. Rencontrer des gens, d’ici et d’ailleurs. Aujourd’hui, il y a Facebook. Il n’y a plus qu’un clic entre toi et le reste du monde.
Veni, vidi, vici disait César. Tout pareil. Je me suis inscrite, j’ai testé, puis détesté, et raccroché. Sauf que si j’ai vaincu l’endoctrinement, Facebook à gagné la guerre, puisqu’il garde l’empreinte de mon passage. Je reste donc exposée sur la place publique. Mais soyons lucide, j’étais surement déjà fichée ailleurs avant, comme une personne sur deux selon le JT de France 2.
Facebook, phénomène qui fait la fortune d’un jeune américain de mon âge, à l’air candide et aux Converse biens lacés.
Facebook réseau mondial sur lequel tu t’inscris pour retrouver tes amis. Ou ta vielle copine de sixième –jamais revue depuis et dont tu te souviens surtout les crasses qu’elle t’a fait subir entre deux complicités autour du poster d’un acteur blond cheveux au vent sur le pont d’un bateau– t’ajoute à sa liste d’amis mais ne t’écris même pas un petit bonjour. Tout ça juste pour nourrir son obscène curiosité en regardant les photos que tu as ajouté à ton profil et dire ensuite à sa mère : « Tu savais qu’Anne-Claire a eu un bébé, c’est fou, non ? »
Facebook enfin, l’endroit où tu peux faire partie de groupes qui reflètent vraiment ta personnalité, et qui en disent long sur l’étendue de ta névrose ; comme « moi aussi je mouille ma brosse à dent avant de mettre le dentifrice dessus » ; « je suis contre le sandwich tomate basilic chèvre, et alors ? » ou encore « je suis timide, mais je me soigne » *
Quand j’ai vu que plusieurs de mes contacts avaient rejoint le groupe « je t’ajoute à ma liste, mais on ne se parle pas » j’ai moi aussi fais le compte. Avec combien de mes 27 amis je peux dire ça ? Bien plus des ¾. Même si je savais déjà que de toute ma vie, j’avais jamais eu autant d’amis.
Et encore, moi je suis la honte du réseau. « Warf ! Trop la loose c’te fille, elle a pas d’amis ! »
Oui, parce qu’en dessous de 50 amis, tu es un paria, le rebut qui était tout seul assis contre un arbre dans la cour de récré. Genre tu te fais plus de mal qu’autre chose à t’inscrire sur Facebook, ou alors c’est que t’es trop maso. Pourtant ta présence est indispensable car tu fais toujours une personne de plus dans la liste des 27 qui t’ont déjà ajouté et qui eux, peuvent se la péter grave avec leurs centaines d’amis.
C’est comme ce mec au JT du 31 décembre, qui se fait interviewer pour un nième sujet qui ne marquera pas les annales du journal d’information ; cette fois sur la saturation des réseaux téléphoniques qui aura lieu inévitablement quand des millions d’amis s’enverront à minuit pile un SMS pour se souhaiter une bonne année. Il témoigne que lui-même a une centaine d’amis dans son répertoire. Ils sont loin les 31 où tu réveillonnais en présence de tes amis. Merci Bouygues et tous les autres.
Je dénonce, je dénonce. Mais combien d’heures ais-je passé à fouiller les profils de mes contacts ; à finir par regarder des photos de gens que je ne connaissais même pas, en arrivant même à me dire à la fin : « il a l’air d’avoir une vie super sympas, lui »… Tout ce temps perdu que j’aurais pu consacrer à des choses vraies, à construire, à créer, à vivre…
En désactivant mon compte, un instant j’ai eu peur de tomber dans le vide de ce que je croyais être mon existence ; de ne plus savoir à quoi me raccrocher. Puis j’ai éteins l’ordi, et j’ai réalisé que j’étais toujours là. Débarrassée d’un poids, même.
2009, attention je te préviens. J’arrive, plus moi que jamais !
*A ma connaissance, seul l’un de ces groupes existe, sauras-tu deviner lequel ?