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Chagrin d'école

Retour aux fondamentaux français et math, retour aux cours de morale, sans parler de confier à chaque élève de CM2 la mémoire d’un enfant juif mort en déportation…Vive la France qui avance ! C’est le comble, un président bling bling à la pointe de la mode qui prône les méthodes à l’ancienne pour les écoles, chargées de former les citoyens. Mais…quel type de citoyens on veut former, aujourd’hui ?

Darcos détail les nouveaux horaires de l’école primaire : 8 heures hebdomadaires de français, du CE2 au CM2, 5 heures de math et 4 heures de sport. Pour les autres disciplines (langues vivantes, histoire, géo, pratique artistique…) les horaires seront soumis à concertation. Tout ça pour faire passer de 15 à 5% en cinq ans le nombre d’élèves en échec scolaire à l’entrée en sixième. Pas certaine que ce soit en faisant du bourrage de crâne qu’il y ait moins de cancres. Les profs se plaignent déjà du manque de temps pour couvrir tout le programme, avec deux heures en moins (de 26 à 24 heures de cours par semaine, avec la nouvelle réforme) est-ce que ça veut dire que d’autres matières, tout aussi importantes dans l’éducation vont passer à la trappe ?

Français, math, éducation civique et morale. Voilà de quoi former les nouveaux citoyens modèles. Des citoyens qui accepteront de se faire entuber sans broncher, et en remerciant en plus. De vrais petits automates.

Et Sarko, avec ses beaux discours, qui cherche à endormir les parents. Qui soutient que la crise de l’éducation est une crise de l’autorité. Que dès la rentrée prochaine on va consacrer « à nouveau l’autorité du savoir, en partant de celle du maître, l’autorité du maître qui est le dépositaire du savoir.* » Dixit monsieur le président lui-même dans son discours du 15 février à Périgueux (ville dont Xavier Darcos est le maire). Tout ça pour en arriver à insinuer sournoisement, que pour que cela fonctionne, il est nécessaire que les parents n’interfèrent pas sur cette autorité du prof. Je cite encore : « L’autorité sans laquelle il n’y a pas de transmission possible (des valeurs auxquelles je crois) ne sera pas tout à fait rétablie si nous ne repensons pas en profondeur la nature du lien qui unit les parents et l’école (alors n’intervenez pas, bande de gros cons). Il ne peut en effet y avoir, devant l’enfant, deux discours : celui du professeur (la morale que je leur demande d’enseigner) et celui de ses parents (petits révolutionnaires de merde). C’est une catastrophe, ce n’est pas possible, l’enfant n’y comprend rien. »

Si justement. Très tôt il comprendra qu’on essaie de l’endoctriner. Arthur, je les laisserai pas faire, ils n’endormiront pas ton cerveau, je t’apprendrais à être libre de penser par toi-même. Et on f’ra des autodafés, au fond du jardin, de tous ces discours et leçons de morale à la con.

Encore que, quand on entend certains professeurs des écoles, on se dit qu’il faudra déjà que Sarko les briefe, parce qu’ils n’ont pas l’air de saisir la différence, ô combien subtile, j’en conviens entre morale et politesse. Comme cette brave femme professeur des écoles qui répond au journaliste de France 2 : « les règles de morale on les fait au quotidien ; c’est apprendre à un enfant à dire merci lorsqu’on lui donne un stylo ; à dire s’il te plaît lorsqu’il nous demande de lui faire un lacet, par exemple. » Certes.

Non vraiment, ils ont quand même du pain sur la planche, au gouvernement. N’empêche que ça reste inquiétant. Il y a comme des menaces dans l’air, pour notre fragile démocratie. Avec la léthargie actuelle du peuple français, va quand même falloir rester attentif. Pô trop envie qu’on nous transforme en petits soldats tous identiques, moi.

 

* Par soucis de clarté j’ai coupé la citation ici. Voici les quelques phrases qui suivaient, et qui sont tout aussi saisissantes : « Il ne peut y avoir deux discours ; sur ce qu’il faut faire, ce qui est bon et ce qui est juste. Il ne peut pas y avoir double discours, il ne peut y avoir deux poids et deux mesures, il ne peut pas y avoir deux systèmes de valeurs, entre lequel l’enfant serait ballotté. » Où reste-t-il de la légitimité à être parent ?

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J
Ce que préconise Sarko c'est le retour à la pensée manichéenne d'Aristote du tout vrai et du tout faux c'est à dire du bien et du mal. Le prof dit le bien alors faut pas donner d'autres sons de cloches car il n'existe qu'une seule vérité et elle est de droite. Bref Sarko veut tuer le relativisme qui oblige les gens à prendre du recul par rapport aux apparences et à remettre en cause les dogmes de nos sociétés. Franchement si un enfant ne doit retenir qu'un seul discours sur ce qu'il faut faire, sur ce qui est juste et sur ce qui est bon il est inconcevable que ce soit celui de notre président. Je ne peux me faire à cette idée que des parents soient cons au point de livrer aveuglément leurs enfants à une autorité de référence qu'elle soit scolaire ou religieuse. La morale est une chose trop sérieuse pour la confier aux moraliste. L'éthique comme la pensée n'a de sens que si elle est nourrit par le débat et la vérité de l'autre.
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