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Hapto bobo

Comme préparation à l’accouchement on avait décidé il y a trois mois de faire de l’haptonomie avec une sage-femme. Haptonomie ou science du touché et de l’affectivité. Grâce au toucher à travers le ventre de la mère, et à la voix, on peut établir une communication avec bébé.

Je suppose qu’on ne saura jamais si ça a vraiment marché. Si Jérôme et ses mais chaudes sur mon ventre auront réussi à intriguer Arthur au point qu’il vienne tantôt donner des coups tantôt se lover au creux de sa paume, à l’affût de caresses ; où si notre lardon, déjà fort indépendant, ne tapait que par réflexes incontrôlés à 5-6 mois, puis par jeu ou manque d’espace par la suite, quand son cerveau a commencé à connecter les neurones entre eux, mais en tout cas pas dans le but de répondre à son père.

Sage-femme aux allures bohème, ce n’est pas surprenant que son petit cabinet cosy se trouve à la Croix-Rousse. Fin de la première entrevue (je ne pensais pas si bien dire en utilisant ce terme), on est optimiste. Elle nous paraît très naturelle, pratique les accouchements à domicile, est contre, ou tout du moins critique sur la surmédicalisation actuelle de l’accouchement. Loin des rendez-vous « techniques » chez le gynéco, on va pouvoir impliquer tout de suite le bébé, qui après tout est au cœur de l’évènement, mais qui a tendance à être déconsidéré jusqu’au jour de sa naissance.

Début véritable de nos relations avec Arthur. Ça permet surtout à mon amoureux de se sentir plus important, de prendre sa place. Lui qui semblait m’envier tellement les quatre premiers mois…Alors que maintenant, on est vraiment impliqué tous les trois. Chaque jour on se trouve un temps pour faire l’hapto. Bon, au début on est vraiment nul. La plupart de nos rendez-vous sont anarchiques. Jamais à la même heure, parfois bébé est là, d’autres non. On l’appelle avec la main gauche, il vient taper dans la droite…Ha qu’est-ce qu’on se marre, en se livrant à des hypothèses toujours plus flippantes les unes que les autres : « ben alors Arthur ? T’es sourd ? T’es pas bien fini ? T’es dyslexique de la gauche et la droite (hein ??) » Ou alors : « tu fais la gueule à papa ? T’aimes pas sa nouvelle coupe de cheveux ? Il a énervé maman aujourd’hui et t’as décidé d’être solidaire ? » Sinon, bien plus probable, en tout cas plus rassurant, c’est qu’il dort, et comme dirait la sage-femme qui s’occupe de moi à la maternité : va t’amuser à réveiller un fœtus. C’est comme vouloir réveiller un type qui s’est endormi dans une piscine sur un matelas gonflable. Tu le pousses pour le secouer, tout ce que tu obtiendras c’est qu’il va dériver un peu plus loin, c’est tout.

Deuxième séance chez miss bohème. On se tape 2h30 de trajet aller-retour en bus, métro et Cie, pour 15 minutes de rendez-vous. Alors que Catherine Dolto (la fille de) insiste bien sur l’importance de la relation à trois autour du bébé. Nous c’est questions d’usage pour commencer (« vous faites quoi déjà comme métier ? »)Puis je m’allonge sur la table d’examen, « allez-y » dit-elle à Jérôme. Traduction : faites la même chose que vous faite chez vous (pourquoi est-ce qu’on a prit la peine de venir déjà ?) Quand elle a vu que le bébé venait bien se lover (preuve qu’on sait faire), elle m’aide à m’asseoir, je remets mes chaussures, et comme on n’a toujours pas la carte vitale, une seconde fois on part sans payer ; pendant qu’elle invite le couple suivant à entrer. Jérôme sort de là complètement désappointé. Moi aussi. On se sent tellement poussé vers la sortie que je n’enfile mon manteau qu’une fois dehors…

Troisième séance. On a failli pas y aller car je n’ai encore pas reçu ma carte vitale (ah ces fonctionnaires de l’administration…), et puis soyons honnête, on est franc pas motivé, à la perspective de ce qui nous attend. Le souvenir amer de la dernière fois est trop frais. On y va quand même, déterminé à commencer la séance par une petite mise au point : il nous semble qu’un quart d’heure c’est trop vite passé pour établir une relation avec elle, moi je pensais aussi que ce serait une préparation à l’accouchement, mais on a pas encore abordé ce sujet bien que la date approche, et puis, y aura-t-il un bénéfice pour Arthur (l’hapto continue jusque trois mois après la naissance) si les séances sont si courtes et qu’il doit subir 2h30 de trajet ? Du coup elle nous parle de l’accouchement, et le rendez-vous dure presque une demi-heure. Elle propose aussi de m’inscrire à 2 des séances de sophrologie qu’elle anime également. Sortis de là, Jérôme est toujours perplexe. Moi j’ose plus me l’avouer. Mais ça commence vraiment à puer l’arnaque cette histoire. Déjà cette sage-femme ne fait pas partie de la liste des médecins spécialistes de cette discipline, mais en plus elle fait un peu de tout : sage-femme, hapto, sophro…si si, c’i possible. Alors qu’on entend dire partout que l’hapto doit être une préparation à l’accouchement sans autre accompagnement. Pas même l’apprentissage de techniques de respiration, ce qui interfère sur le travail avec le bébé… Miss bohème qui perd pas le nord, oui ; tout est bon à prendre. De plus en plus bourgeoise, de moins en moins bohème. Avec de gros troubles de la mémoire, par-dessus le marché. D’une fois sur l’autre elle oublie mon nom, mon métier, elle me demande deux fois en cinq minutes si le bébé a bien la tête en bas…Mais bon…comment pourrait-il en être autrement ? Son agenda est overbooké jusqu’en 2045, les rendez-vous s’enchaînent, il ne s’est pas passé une séance sans qu’on entende la sonnette annonçant l’arrivée du couple d’après. Ha elle doit bien gagner sa vie, y’a pas de soucis. Mais alors la relation avec les patients…On est rien de plus que des euros sur pattes.

Quatrième séance, on a enfin la carte vitale. Début de rendez-vous, on aborde vite fait les contractions (mais j’ai eu entre temps mon premier cours de préparation à la naissance avec une sage-femme de la maternité, j’ai déjà entendu tout ce qu’elle me dit), puis elle nous montre une position dans laquelle on peut se mettre, Jérôme assit derrière moi, pour atténuer la douleur lors d’une contraction. Aussitôt on se relève, je me couche sur la table, on refait comme à la maison, elle nous prend la carte vitale, ne nous dit pas ce qu’elle tape sur sa petite machine, ne nous donne aucun reçu, mystère total sur le tarif…Nous sommes à la porte un quart d’heure tout juste après être entré, le couple suivant prend le relais. Cette fois c’est la goutte d’eau, la cerise, l’apothéose, le pompon, c’en est trop, sur le trajet du retour, on décide de laisser tomber.

Hier, on appelle, enfin Jérôme, parce que moi j’ose pas. Pas de réponse sur le fixe, il tente le portable. « Pour vous dire qu’on viendra plus.

— D’accord, mais il faudra m’amener votre carte vitale » Alzheimer a encore frappé. C’est bien de voir qu’elle ne s’occupe que de la question pécuniaire, et pas une seconde des raisons qui nous pousse à laisser tomber. C’est peut-être qu’elle est au clair avec elle-même, et qu’elle a conscience de ne proposer qu’un ersatz d’haptonomie, ce qui fait qu’elle ne préfère même pas savoir. Ce matin le téléphone sonne, je réponds. Elle a dû faire le 3131 et me dit que j’ai essayé de la joindre sur son fixe hier. Oui mais vous avez eu Jérôme depuis. Bon, mais si à l’occasion vous repassez par la Croix-Rousse, ce serait bien de m’amener votre carte vitale car je n’avais prit que la première séance, la dernière fois…

Énoncé comme ça, non, je pense pas qu’on va repasser par la Croix-Rousse de sitôt. Qu’est-ce qu’elle me raconte, là ? N’importe quel soignant à qui on donne enfin un moyen de payement se rétribuerait de toutes les séances déjà faites, non ? Comme par hasard, elle ne prend qu’une séance, elle. Quand est-ce qu’elle comptait se faire payer les trois autres ? C’est complètement absurde, ça n’a aucun sens ! Et bien sur, on n’a aucun moyen de vérifier ce qu’elle avance. Faudra qu’elle nous envoie le reçu, si elle veut vraiment qu’on se déplace. Non franchement, elle pratique vraiment l’haptonomie pour les touristes. Elle est autant qualifiée pour cette science que moi je le suis pour l’écriture. Mais j’entretiens malgré tout l’espoir que moi, avec beaucoup de travail et d’efforts et de persévérance, je finirais peut-être par arriver à quelque chose de bien, alors qu’elle ; ni travail ni efforts ni persévérance n’arrangeront rien à l’affaire. Cette femme est une commerçante, pas une soignante qui travail avec de l’humain…

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M
moi aussi j aurai bien aimé faire l'hapto mais c'est trop tard je suis degoutée, mais je le fais toute seule et seb de tps en tps il pose sa tête dessus ou mets ses mainshier en tout cas j'étais super fière de moi à l'écho car je savais exactement comment ma coquillette était posistionnée, trop fière de moi lol !!!
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J
Le constat est plus que réaliste mais la fin est un peu sévère quand même. Pour ma part je n'irais pas jusqu'à dire que cette femme n'est pas soignante car elle peut satisfaire d'autres couples moins exigeants. Comme il y a des amateurs du Journal de 13H sur TF1, il doit exister des amateurs d'hapto chrono. Ce que je crois c'est que cette miss bohème est à l'haptonomie ce que Pernaud est à l'information. Aprés à chacun son idée de ce que doit être un soignant ou un journaliste. Enfin en ce qui nous concerne le choix est fait, Arthur ne verra ni Pernaud ni miss bobo car des cons il en verra bien assez comme ça !!!
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