17h39 ça y’est j’y crois plus. Même pas né, Arthur s’amuse déjà à faire mentir sa mère, et toute la profession médicale qui l’annonçait pour aujourd’hui. Pourtant, je me suis donné du mal ; pendant deux heures j’ai chassé la poussière, aspiré par terre, passé la serpillière. Tout ce que je récolte, c’est un gros nœud dans le bas du dos, juste pour avoir le plaisir de marcher comme une petite vieille, en gémissant à chaque pied mis en avant.
C’est à mon tour de somatiser, des centaines de petits boutons ont fait irruption de partout sur ma peau et les démangeaisons sont parfois franchement insoutenables. Comme si je m’étais roulée dans un buisson d’orties.
Mais Arthur est imperturbable, semble-t-il. Ces derniers jours il bougeait gentiment et aujourd’hui, comme pour me faire devenir chèvre, le voilà qui recommence à donner de grands coups ! Mais, mon p’tit bonhomme, ça sert à rien de t’énerver à taper partout en criant « je veux plus de place ! », il te suffit de toquer à la porte de sortie. De la place, on va t’en faire, mais c’est à toi de te décider. Faut que tu fasses le premier pas.
17h58. Selon les pronostics de ton père, dans deux minutes tu vas lancer le travail. J’attends.
18h05. Raté !
Bébé ? Petit Arthur ? Ma p’tite pomme ? Je suis prête, moi ! Si tu savais à quel point j’ai hâte de te serrer contre moi, de te dévorer des yeux…
Allez. Demain, tu es là.