J’ai l’impression désagréable de perdre mon temps. Je suis entre l’impatience de ce qui va arriver, et l’angoisse du peu de temps qu’il me reste. Du coup, je ne fais rien. Incapable de me décider. J’aime pas, être dans l’attente, comme ça…
Aujourd’hui ça sent le bébé, chez nous. On a fait tourner une machine de toutes ses petites affaires, avec de la lessive spéciale peau sensible des bébés. Émotions au moment d’étendre les petits body, pyj, bonnets, chaussettes minuscules. On se surprend à prendre chaque vêtement avec précaution, en imaginant déjà la petite chose fragile qui les remplira bientôt…Complètement gagas, des fois. Dans ces instants, j’ai vraiment hâte qu’il soit là. C’est une fièvre de petite fille qui ne se sent pas capable d’attendre jusqu’au lendemain matin pour ouvrir ses cadeaux alors qu’ils sont déjà sous le sapin. J’ai jamais appris la patience. Neuf mois franchement, c’est trop long.
D’un autre côté, faut que j’en profite. J’ai rien d’autre à faire que des loisirs, en ce moment. Lire, écrire, aller au ciné, me coucher quand je veux…Alors qu’est-ce qui me retient ? Comment se fait-il que je trouve encore parfois le moyen de m’ennuyer ? Ça doit être ça. Cet entre deux. Je suis piégée dans une salle d’attente. Je suis en transit. Est-ce que Jérôme, qui n’attend pas physiquement ce bébé, se trouve aussi dans cet état ? Vu de ma chaise, je dirais que non. Imperturbable, il occupe ses journées comme à l’habitude. En plus, il travail. Et pourtant, il a bien conscience de tout ce qui va arriver.
(Soupir) Je suis perdue. Je vois même plus le sens de mes journées. Je vois même plus le sens de cet article. On dirait un extrait de journal intime. Qu’est-ce que ça peut être barbant…
Le sens de mes journées, donc. Je tourne en rond. Je suis prisonnière d’une boucle qui se répète jour après jour. Après jour, après jour…Enfin je perds pas mon temps. Principalement je fais les faire-part, j’écris, je lis. J’écris de la merde (c’est vrai, tout particulièrement aujourd’hui, c’est de la merde) qu’en plus ça intéresse personne. Et je lis, de la littérature. Le soir, on regarde le Grand Journal de Canal + qui eux aussi font de plus en plus de la merde. Des questions à la con, des journalistes dégonflés, des invités qui ont tous, toujours, la langue de bois. Une première partie d’émission qui se veut parler de l’actualité politique, et qu’est-ce qu’on nous sert ? Que du bling bling. Même Aphatie commence à faire de la merde. Depuis qu’il se laisse pousser les cheveux, Yann Barthès a le cerveau mou. Ariane, toujours pas compris à quoi elle sert, celle-là. Et Ali Baddou, depuis qu’il s’est laissé pousser les cheveux (lui aussi), il nous ferait presque croire qu’il a le temps de lire tous les livres qu’il présente. Louise a perdu toute son originalité et me fait vraiment plus rire. Finalement, au milieu de cette équipe qui, bien loin de se renouveler, nous prouve chaque jour qu’on peut tomber plus bas ; et ben Denisot en devient presque rigolo (presque, quand il a une jolie répartie bien envoyée). Reste le zapping, pour nous faire passer par tous les états, rire, larmes, étonnement, désespoir, hébètement, ironie…pour toujours en arriver à la conclusion que le monde est dingue. Ce qui nous met en condition pour le JT de 20 heures, au bout duquel on est toujours bien content d’éteindre cette télé de merde. (Merci Jérôme, mais pour tout ce qu’on voit, c’était pas la peine d’acheter un écran si grand) (Mais si, allons…pour voir des films, c’est vraiment bien).
Enfin bref, ce soir je m’interroge sur le sens de mes journées. Je me couche le soir parfaitement identique à celle que j’étais le matin. Demain je vais m’acheter La désobéissance civile, de Thoreau, histoire de recommencer à réfléchir un peu à tout ça, et au sens de ma vie. Il faut que je travaille sur moi, que je me recentre. Me reste un mois et demi pour me lancer sur de bonnes bases. Je ne peux quand même pas devenir mère, et être si inconstante. Qu’est-ce qu’Arthur va penser ?