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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 12:57

Un texte, que j'ai écris il y a quelques mois.

 

Mon cher petit D…

Je t’ai rencontré il y a environ deux ans, un minuscule passage dans ma vie professionnelle, mais ton histoire tragique était restée dans un coin de ma tête. Tes yeux noirs et rieurs, aussi.

Tu es revenu occuper un lit chez nous depuis quelques semaines pour une opération, et pour une raison que je préfère ignorer, tu n’es pas rentré chez toi pour ta convalescence.

Quand j’ai appris que tu étais là, mon cœur s’est prit pour un totem de parc d’attraction, hop un petit tour dans la gorge avant de redescendre à toute balle dans les viscères, y faire des rebonds de plus en plus lents mais qui te foutent simultanément la nausée, l’adrénaline, l’excitation et la gerbe.

Oui, c’est tout l’effet que tu me fais, ma mouette !

Comme à chaque fois que je passe la porte de ta chambre maintenant.

J’ai une tendresse infinie pour toi, que je voudrais garder pudique, juste pour moi, mais je n’y arrive pas.

Au début on m’a dit que tu faisais le difficile, avec les gens que tu ne connais pas. Maintenant quand tu entends ma voix, tu réagis, et parfois même, tu pars dans des éclats de rire. Bien sûr, tu en gardes aussi pour les collègues –heureusement– mais j’ai l’impression d’avoir établie une complicité avec toi. Précaire, comme tout ce qui doit se passer dans ta tête, mais bien là. Alors quand on vient s’occuper de toi, je te papouille, je te fais des bisous qui claquent, qui pètent, on joue à la p’tite bête qui monte, qui monte… Et puis au moment de te laisser pour que tu dormes, je pose ma main sur ton front et te fais un bisou tout doux sur la tempe pour te souhaiter une bonne nuit. Je sais bien que ce n’est pas mon rôle, mais quand même, ce n’est pas drôle de passer six semaines tout seul dans une chambre, quand on a neuf ans.

Ce qui ne doit pas être drôle tous les jours non plus, c’est d’être dans ta peau, tout court. Ton sort est tellement injuste que ça me prend aux tripes. J’en ai vu d’autres, mais toi… Je ne sais pas pourquoi toi, d’ailleurs. Peut-être parce que les autres c’était la fatalité. Toi, c’est de l’injustice. Bien que les deux soient toujours liés…

Un accident de voiture. Deux bébés dedans. Toi, et ton frère jumeau, lui complètement indemne. La première fois que je me suis occupée de toi, je travaillais de jour, et ta famille était venue te rendre visite. Plus tard, je sors d’une autre chambre et je croise un petit garçon brun qui court dans le couloir ; ton frère évidemment. Je le savais, que ça ne pouvait pas être toi –tu ne tiens pas debout– mais une fraction de seconde, j’ai quand même cru au miracle. Comme une ironie du sort. Dr Jekyll et Mr Hyde…

Je suis contente d’être de nuit, j’aurais du mal à recroiser ton frère comme le miroir de celui que tu aurais dû être sans aller me cacher pour cracher la boule de larmes que j’aurais nécessairement au fond de la gorge. Le plus frustrant, le plus douloureux, dans toutes mes projections, c’est de n’avoir pas la moindre idée de ce qui peut se passer dans ta petite tête d’enfant chafouin. Parce que oui, malgré tout tu restes un coquin et tu cherches l’échange avec nous. J’adore quand tu coinces la cuillère dans ta bouche quand on te fait manger, et que dès que tu entends notre réaction tu pouffes de rire et propulses à travers tes dents tout ce que tu n’avais pas dégluti ; j’adore quand, au bout de tes bras pliés comme les ailes d’une mouette, ta main attrape mon bras pour me signifier que tu veux que je m’occupe de toi, que tu as peur, ou que tu veux des guilis. Un rire de toi n’a pas de prix, ça me refait ma nuit à tous les coups. Ta bouche si grande que tes dents ont plein d’espace pour vivre dedans, et que tes vocalises sortent en cascade quand tu te décides. Quand je suis avec toi, j’ai en même temps le sentiment de bien faire mon travail, et celui d’outrepasser mes qualifications. En néonat, on nous appelle les « tata » des bébés préma. Je crois que c’est un peu ça avec toi aussi… Fabriquer des instants de vie « normaux » malgré le cadre hospitalier.

Et puis il a eu la dernière nuit de boulot que j’ai faite, où tu m’as renvoyé en pleine face que la normalité, c’est un concept qui ne doit pas être humain, qui n’existe pas, en vrai. Seize minutes à te regarder traverser une crise épileptique sans rien pouvoir y faire, c’était pas cool, ma mouette. Franchement pas cool. Alors je sais bien qu’il paraît qu’on ne se souvient pas de ses crises, et je sais bien aussi que ce ne sont que des projections que je fais, mais pendant seize minutes, j’ai perdu un regard qui est déjà difficile à capter, et il y avait entre toi et moi toutes les limites de ce que je ne pourrais jamais faire pour toi. Ni personne d’autre. Entre toi et moi, il y avait l’injustice. Après, le Valium t’avais tellement séché, que pour le change du matin, tu as à peine ouvert les yeux. Je t’ai caressé les cheveux, fais un bisou sur la tempe en te disant de finir de te reposer tranquillement, et de passer une bonne journée.

Je reviens te voir demain soir, et je sais que je te retrouverai comme d’habitude, soliloquant et des rictus de sourires sur le visage que je verrais plusieurs fois dans l’embrasure de la porte avant de venir m’occuper de toi. Alors comme d’habitude je ferai le clown pour te rendre heureux même si c’est pas longtemps, puis je te souhaiterai une bonne nuit, et je te dirais merci, parce que tout au fond de moi, quelque chose me dit que je sais quand même un petit peu pourquoi c’est toi…

22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 15:03

 

Parce que les enfants n’ont pas le monopole des caprices, il y a deux mois j’ai fais le mien. Zonant sur les annonces du bon coin, j’étais à la recherche d’un chaton. Mais je ne voulais pas n’importe quel chaton.

J’en voulais un roux.

Tous les jours je réactualisais la page, j’en ai vu plein des mignons, mais pas roux, qui n’ont fait que confirmer mon envie d’en avoir un rien qu’à moi.

Prétextant que les enfants seraient ravis, évidemment.

 

Et puis un soir, THE annonce avec THE photo d’un petit chaton roux et de ses deux billes bleues. Le cœur m’est tombé dans l’estomac, et dans un gargouillis chamalow, j’ai compris qu’il était pour moi.

J’ai désespéré mes copines qui avaient toutes un commentaire bien trop cartésien, du genre « t’es pas assez occupée avec deux enfants ? » , « ha mais moi j’aime pas les chats… » , « t’as pas peur pour ta maison en carton et ton canapé qui n’est même pas à toi ? » , « je te souhaite qu’il ne pisse pas sur ton lit ! » , « tu t’occupes déjà pas de sociabiliser Bob, ton poisson rouge, le pauvre, regarde il tourne en rond dans son bocal, sans algues, sans coquillages, sans tasse de café pour décorer… » Et j’en passe.

Mais quand elles voyaient le sourire que j’avais collé au visage, de toute façon, elles comprenaient qu’il n’était pas question de sagesse dans cette décision.

 

Le 3 octobre, nous a donc rejoint Hypérion. Le titan de la lumière. Père d’Hélios, Séléné et Éos. Ni plus ni moins.

Epiméthée était aussi en tête de liste, parce que titan des pensées après coup, et que c’était symbolique, vu qu’on ne peut pas dire que j’ai réfléchis longtemps avant de l’adopter.

Mais dans Hypérion, il y a « Hyp » qu’Antoine sait très bien dire puisque c’est aussi le prénom de son maître (Phil-hyp…) et puis bon, c’est un chaton roux, flamboyant, lumineux. Donc Hypérion, quoi.

 

Le 5 octobre, Chaton a eu le temps de se familiariser avec l’appartement, avec moi. On commence à instaurer nos petites habitudes (OUI, il dort avec moi, and so what ?) et la dessus débarquent deux chiots fous, et Hypérion passe sa première journée de merde.

Les deux jours qui suivent, c’est le drame. Arthur se transforme en asthmatique  de stade terminal. Forcément, je suis obligée d’incriminer le chat puisqu’ Arthur ne m’avait jamais fait ça avant. Le temps de débarquer en pédiatrie, le gosse est refait, quasi plus de symptômes. La pédiatre me donne quand même un protocole Ventoline en cas de crise.

Ben oui, sûr qu’en revenant à la maison, ça va recommencer.

Banco. Nuit pourrie, vento au taquet, et un petit corticoïde pour faire céder la crise. Je vous passe l’aller-retour aux urgences d’où nous sommes repartis la queue entre les jambes avec pour seul conseil du médecin d’ « éradiquer l’allergène ». Arthur s’endort dans la voiture, moi je pleure toutes les larmes de mon corps.

 

Mon karma est maudit, je me demande ce que j’ai bien pu faire dans mes vies antérieures pour qu’on me refuse l’absolution.

Ok, je l’admets, c’était moi qui voulais un chat.

Je savais que ça ferait plaisir aux enfants, mais c’est moi qui en avais besoin.

Et à la seconde où je l’ai vu, je me suis attachée. Moi, le cœur de pierre autoproclamé, la blasée de tout ; il y a un truc qui s’est passé, et je me suis convaincue que ce chat était une nécessité pour nous. Bref, ce soir là, je me suis sentie anéantie.

 

Pourtant, le lendemain, miracle, le gosse est sauvé. Plutôt que de m’apitoyer sur mon sort, j’avais décider de mettre toutes les chances de mon côté pour sauver la place du chat. Grand ménage, du fond des placards jusqu’aux matelas des petits. Leur chambre interdite d’accès à Hypérion. Shampouiner le chat. Deux fois. Le brosser, changer la litière, lavage de main pour Arthur à chaque échange avec le chat. Et plus rien. Plus d’yeux qui piquent, plus d’éternuements en cascade, plus de détresse respiratoire ni de sifflements.

Enfin…si, mais un tout tout tout petit peu. Pas de quoi fouetter un chat…

 

Alors voilà. Hypérion, deux mois et demi, nouveau mâle de ma vie…

Crooo meugnon, crooo doux, croooo joueur, crooo une usine à ronron…

 

N.B : oui, après des mois d’absence, j’aurais pu faire mon come back avec un article plus mordant, mais… ça va revenir…

De deux choses lune. L'autre, c'est le soleil...De deux choses lune. L'autre, c'est le soleil...
De deux choses lune. L'autre, c'est le soleil...De deux choses lune. L'autre, c'est le soleil...
5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 09:36
Les vacances sont finies!
27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 14:51

Hier, c’était THE sortie scolaire de l’année, pour les nains de petite section.

Moi, zéro sens du sacrifice, depuis septembre ma contribution à la vie scolaire de mon fils s’était limitée à l’achat d’une boîte d’œufs pour son gâteau d’anniversaire. (enfin presque)

Alors le mois dernier, quand j’ai trouvé dans le cahier de liaison une demande d’accompagner les 3 classes de petits en sortie, je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je me porte volontaire. (Je crois que c'est Jérôme qui m’a forcé la main avec un sourire sadique « tu travailles pas, c’est l’occasion de faire un truc mère-fils »).

 

Dimanche soir, devant le frigo ouvert, en pensant pique-nique, je fouille dans mon cerveau pour retrouver la définition du mot « enthousiaste ». Mais Antoine semble l’être pour deux, alors je ne me fatigue pas trop.

Lundi matin, 7h08, dans la chambre ils sont au taquet. Je me lève. Pas le choix, je ne sais encore pas de quoi le pique-nique sera fait. Coup d’œil à la fenêtre, il pleut, hallelujah !

Enfin il pleuvine. Sûrement pas de quoi décourager l’optimisme névrotique de la maîtresse d’Antoine.

8h40, la clope du condamné entre accompagnants. Mes super copines mamans sont au top de l’équipement : k-way, basket et sac à dos. Moi : groles trouées, veste perméable, et sac en bandoulière. Touriste, une philosophie de vie.

8h55, les minots sont dans les starting-blocks, capuche sur la tête, sac à dos pleins, en rang par deux. La bruine nous donne le top départ, Antoine me donne la main, et moi je donnerais mes cheveux pour pouvoir faire demi-tour. Mais en fait, je ferme la marche, avec Antoine tout sourire, et un autre gosse qui me raconte des trucs auxquels j’entrave que dalle rapport au fait qu’il ne parle pas super bien. Finalement, j’aime bien ma relation avec mon fils quasi muet.

9h15, on traverse laborieusement le parcours santé. Ça monte, ça descend, le terrain est gras. Le petit à ma gauche s’arrête tous les 15 mètres (« Attend ! Une feuille jaune ! » « Ooooh c’est quoi ce truc ? » «  Hey t’as vu on voit la rivière » « Et qu’est-ce qu’y y’a sur le chemin là bas ? ») Le petit à ma gauche, qui doit bien faire deux fois le poids d’Antoine et qui répond invariablement à mes questions par « moi j’ai faim ». Essayer d’entretenir une conversation avec un enfant de trois ans, j’avais oublié ce que c’était.

Et puis on arrive au parc. Le groupe se divise en deux, la conteuse s’installe. Tout le monde s’assied sous des gros arbres, et c’est partit pour 45 minutes de contes sur l’Afrique, qui commencent par l’histoire d’un hibou et d’une hirondelle. Of course… Avec une animatrice pâle comme un cul et dont le débit de parole ne dépasse pas 2 phrases à la minute. En même temps, vu les capacités intellectuelles du public, elle aurait tord d’arrêter le Tranxène. (« Si le mouton a peur du loup, il faut qu’il boive du sirop de poils de loup. Et si le mouton à peur du chien, alors, il faut qu’il boive du sirop de poil de ??? – De louuuuup ! »)

Ensuite (j’ai plus vraiment eu le temps de regarder l’heure) pause pipi. 29 gosses, 2 toilettes, c’était pas long du tout. Surtout que l’atsem était là et qu’elle voulait qu’ils se lavent les mains. J’aurais bien sauté cette étape, étant donné que de toute façon, y’avait pas de savon, mais bon, c’est pas comme s’il faisait 10° dehors et qu’avec pull et k-way, remonter les manches, c’était juste la misère.

20 minutes plus tard, donc, quartier libre. On était dans un parc. Avec toboggan et balançoires. Mes épaules peuvent vous dire que la balançoire a eu un franc succès.

Et encore une fois, je me suis rendue compte de la réalité d’un enfant de 3 ou 4 ans. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas tous égaux. En rien du tout ! Entre la grignette de 10 kilos tous mouillés et la brute qui pèse le triple, y’a un moment tu revois l’ergonomie de ta posture pour le caser dans la nacelle ! Et puis il y a ceux qui ne comprennent pas ce que « lève tes jambes » signifie, ceux qui ne veulent pas qu’on les pousse trop fort, ceux qui grugent tout le monde dans la queue, ceux qui se jettent systématiquement pile dans la trajectoire de la balançoire et que si tu n’avais pas des réflexes de ouf se seraient fait péter les dents et pas que, ceux qui lâchent les mains à la balançoire « de grand » (sans nacelle) font un vol plané et se relèvent péniblement, les yeux encore pleins d’angoisse, sans avoir comprit le lien de cause à effet… Et tout ça en essayant de converser avec eux. Bon, là, je reconnais que j’ai des grosses lacunes : les petits qui apprennent à parler, c’est l’horreur. Je serais en face d’un IMC que je comprendrais peut-être mieux ce qu’il me raconte. Là, une fois que je leur avait fait répéter 3 fois leur prénom et que c’est la maman d’à côté qui finissait par me faire la traduction (j’ai du passer pour une demeurée…) je me contentais de pousser la balançoire, en silence.

« Comment tu t’appelles ?

- Alissi

- Alissi, ha d’accord. (Putain les parents savent plus quoi inventer comme prénom aujourd’hui…)

- Non, Alexy (me corrige la maman)

- Ha ben oui, bien sur. » (Enfin Alexy avec un y quand même…)

Mention spéciale pour Lana-Lee. Je comprenais Nanali. Pardon mais dans les deux cas, ça ne veut rien dire.

Après ce qui me semble une éternité à plier et tendre les bras, c’est le repas.

Déballage de sandwich à la chaîne, non Alpha (et c’est bien son vrai prénom) tu ne peux pas prendre les chips de ton voisin, tu es allergique aux arachides. Tomates cerise qui giclent, verres renversés, queues de fraises à enlever, fraises à rincer parce que boîte renversée. Toi tu manges debout, et la bouche pleine tu gères ton propre fils qui taxe dans la gamelle de la voisine. « Antoine, cha chuffit, manche auchi ta quiche ! »

Après tout ça, deuxième pause pipi et lavage de mains. Les toilettes sont au sous-sol sans ascenseur du château d’à côté, l’angoisse dans les escaliers… On remonte, on retourne au lieu de rdv pour le grand jeu, et là : « je veux faire caca… » Les enfants sont formidables.

Avec mes copines mamans on échange un regard désespéré. Café clope ne sont pas prévus au programme, il y a des deuils difficiles à faire.

 

Le grand jeu. Non.

Plutôt : grand soupir, le jeu…

18 photos disséminées dans tout le parc. Avec au dos de chacune une gommette de forme et couleur différente. Le but : trouver chacune des photos, retenir la gommette qui se trouve derrière, revenir au point central pour récupérer la gommette, la coller sur notre feuille de route, et recommencer. 18 fois. Tout ça avec 90 gosses et une vingtaine d’adultes, même en Chine il y a moins de monde au mètre carré.

Avec notre groupe, on l’a fait 6 fois. Après, on pouvait plus, y’en a une qui déambulait les yeux fermés, un qui commençait à devenir violent, une qui nous suppliait pour faire du toboggan, deux qui arrachaient les photos, une aussi naze que sa copine qui nous suivait sans rien dire et un qui allait jouer avec son copain d’un autre groupe. Soit. Toboggan ce sera.

14h30, distribution de bonbons, photo de groupe : « levez les bras ! » s’il y en a la moitié qui calculait encore la consigne, c’est beau, et regroupement des classes pour le retour.

Clopin-clopant, on repart, je ferme une nouvelle fois la marche et doit encourager 6 gamins au bout de leur vie. A ce moment là, moi je voyais la fin de ce périple à quelques dizaines de minutes de moi, je les ai boostés les nains ! Enfin c’était avant qu’Antoine se colle à mes jambes, les bras tendus, la tête en arrière, la supplication évidente dans ses « aaaaa, maman, aaaa » Je l’ai porté deux minutes, jusqu’à ce que la maîtresse nous surprenne et repose Antoine par terre.

Après moultes encouragements, le graal, l’école se profile sous nos yeux. Nous sommes tous des loques humaines, les enfants sont des déchets, la maîtresse a le smile, on lui refourgue le lot, et ciao. Une heure de liberté avant de retourner les chercher à 16h30, je suis rentrée boire un grand bol de café noir, et à la sortie de l’école, le soleil pointait son nez.

29 avril 2014 2 29 /04 /avril /2014 17:29

 

Elle avait 15 ans, à peine, mais la vie n’avait plus rien à lui offrir.

 

Ce qui commence comme un mauvais roman n’est qu’une pauvre histoire vraie, rare et moche, plus méconnue sous le nom fourbe de maladie génétique dégénérative lysosomale.

Elle s’est éteinte vendredi saint, jour de la mort –à 2000 années et des brouettes près– de celui qui ne pouvait rien faire pour elle, de son vivant tout du moins.

Elle est partie entourée de ses proches, une quinzaine de jours après le début de son hospitalisation pour « fin de vie ».

 

C’est l’histoire trop courte d’une enfant que je n’ai pas connue, dont je ne me suis occupée que quelques heures de quelques jours. Peu d’affect, mais une révolte muette pour ce qui est contre-nature. De l’angoisse d’être présente le jour ou tout s’arrête. Comment fait-on ?

 

Je n’y étais pas.

 

De l’impuissance, de la fatalité. Surtout une tendresse infinie dans les gestes que l’on fait sur elle. Des mots sereins et rassurants, que tous les cœurs sous les blouses blanches qui passent dans sa chambre lui disent d’une voix douce. L’assurance qu’elle n’est pas toute seule, que tout va bien aller ; qu’on l’accompagne.

 

Flash back :

Elle est une petite fille de trois ans, qui court et fait des phrases. Elle rigole tous les jours, et se fait gronder quand elle joue trop fort près de son petit frère encore bancal sur ses deux jambes. Elle fait des otites à répétition, mais en collectivité à cet âge, rien d’affolant. Elle butte un peu sur les paroles des chansons qu’elle apprend à l’école, mais l’entourage s’émeut de ces apprentissages laborieux qu’elle entonne jusqu’à la perfection.

C’est une petite fille comme des millions d’autres.

 

Jusqu’au jour ou sa course devient plus cahotante, et son comportement déroutant.

Première phase. Batterie d’examens. Coup de tonnerre dans un ciel serein, le diagnostique tombe. Elle n’aura jamais le temps d’être une femme, et sans doute même pas celui d’être une jeune femme. On sait qu’elle n’a pas cette espérance de vie.

Entre trois et dix ans, elle perd tout ce qu’elle avait acquis. Le langage, l’intérêt pour les jeux et les chansons. Tout cela dans une agitation physique, comme pour manifester l’urgence, la détresse, l’incapacité de lutter.

Le reste jusqu’au bout n’est qu’une dégradation douloureuse, incessante et inéluctable des capacités physiques et intellectuelle. Un jour elle ne peut plus du tout marcher, ni tenir son dos. Entre deux rages de dents tous les quinze jours qu’aucun anesthésiste ne prendra le risque de faire cesser par une opération sous AG, la maladie atteint les os, les articulations, le cerveau, les voies respiratoires, les yeux, le système digestif. Lorsque la mastication devient impossible, la gastrostomie est mise en place. Jusqu’au bout, le goût de rien d’autre que les bâtons au citron…

Les hivers sont longs et les hospitalisations pour de courtes durées sont nombreuses, autant que les infections pulmonaires. Puis vient l’épilepsie.

Un corps recroquevillé, bousillé, une enveloppe douloureuse qui enferme une tête d’enfant. Petit moineau prisonnier qui ne battra jamais des ailes, qui ne chantera même jamais. Qu’est-ce qu’elle peut bien ressentir ? Qu’est-ce qu’elle éprouve ? La chaleur des bras aimants qui la porteront jusqu’au bout, les voix de sa famille, le réconfort de la tendresse…

 

Il y a des bébés condamnés qui attendent d’être seul pour partir. Qui savent que quelqu’un ne veut pas les laisser s’en aller. Je le sais. Ils s'en vont au moment où les parents exténués sont rentré le temps d'une douche, d'une sieste.

Elle, elle a attendu quinze ans, et puis enfin quinze jours que tous ses proches acceptent de lui dire au revoir. Il y a eu des pauses respiratoire, et maman qui la porte sur ses genoux. Et mamie qui entre dans la chambre, et elle, qui inspire un grand coup. Ce n'était pas le moment. Encore quelques jours.

 

Forcément, je pense à sa maman.

Maman courage, maman fatigue, maman douleur, maman bonne figure, maman épuisement, maman prière, maman supplication, maman inconditionnelle, maman toujours.

 

Maman rempart, muraille, abris, cocon, sans relâche, à chaque instant.

 

Maman du frère et de la sœur.

Maman parce que la vie continue et que s’il est des injustices contre lesquelles on ne peut pas lutter, il faut bien toujours se battre.

 

Elle avait 15 ans, et dans un dernier sursaut elle a emporté avec elle un fardeau, ne laissant que les liens d'amour qui le supportaient.

 

 

2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 14:26

 

Tic et Tac sont entrés dans une année paire.

6 et 4 ans.

Arthur sait épeler "papillon" ( " v - h - s - t - r ..." ) et Titou sait dire "bonbon". Pas de doute, ils iront loin, ces deux là...

En attendant, l'un ruine la petite souris, et l'autre urine la nuit.

Et moi, moi dans une urne je jette les idées de textes, photos, créations que je réaliserai à n'en pas douter, dans une prochaine vie.

 

Les fourberies des deux nains
Les fourberies des deux nains
Les fourberies des deux nains
25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 15:11
4 décembre 2013 3 04 /12 /décembre /2013 20:48

 

Un jour, mon papa, –philosophe contemplatif à ses heures perdues– m’a dit cette vérité crue :

« Ma fille, on est tous le con de quelqu’un. »

Pour être plus juste, il faudrait dire qu’on est le con de beaucoup. Le con de celui qu’on n’a pas vu arriver et qu’on oblige à piler alors qu’on s’engage à un céder le passage avec un petit signe qui arrive trop tard genre « oups, désolé ! » ; le con de la buraliste parce qu’on hésite trois fois sur le paquet de clopes qu’on veut prendre et qu’elle a pas que ça à foutre que de s’occuper des indécis ; le con de celle qui nous vois prendre le dernier Kinder Bueno du rayon, parce que contrairement à ce que nous fait croire Tony Parker, on n’a pas du tout l’intention de le partager...

Bref, il y a des milliards de façons d’être le con de quelqu’un, mais finalement, tout ça, ce n’est qu’une question de point de vue, de seuil de tolérance, d’acceptation de la différence, d’amour-propre, d’éducation, ou plus largement, de valeurs belles et nobles…

Moi, parmi tant d’autres, je suis la conne de ma voisine du dessous.

Elle ne me l’a pas dit clairement en face, on ne se connaît que de vue, mais je sais qu’elle sait que je sais que je suis sa conne.

Hein ? Quoi ? Mais comment ?

Mais parce qu’un immeuble, c’est une communauté sans intérêts communs ; c’est une microsociété qui se reconnait sans se connaître ; c’est un mélange des genres qui fort heureusement n’a plus ses latrines sur le palier…

C’est un hall de gare au travers duquel tous les étages se mélangent, on sait qui habite où, qui vit avec qui, qui est seul, qui a la même nounou géniale que celle que les garçons ont aimé pendant 2 ans, on se croise aux boîtes aux lettres, sur le parking, on se familiarise avec les allées et venues de quelques uns, parfois on échange quelques mots, rares fois, on sympathise vraiment.

Le nec plus ultra pour être au courant des potins étant de sympathiser avec quelqu’un qui sympathise avec tout le monde. Et qui ne sait surtout pas tenir sa langue. Et ce quelqu’un existant pour de vrai dans mon immeuble, je sais donc tout le bien que ma voisine du dessous ne pense pas de moi.

Et franchement, ça me troue le cul. Ouaip. Parce que depuis 3 mois je me prends des réflexions –par personne interposée, en plus– sur mon mode de vie, alors que je suis pas la pire des voisines qu’on puisse avoir, je pense, donc oui, ça me gonfle.

C’est comme un mauvais revival impliquant notre voisine du dessus dans notre ancien appart’. Vieille acariâtre aigrie qui gueulait depuis sa porte entrebâillée « mais c’est pas bientôt fini ce bordel au troisième !!! » (« Ça fait vibrer tous mes bibelots ! » bêêêê !) et grâce à qui on s’était reçu un courrier bien sentit de notre agence locative. A croire que notre séparation avec Jérôme se serait passée dans les hurlements et les fracas de vaisselle. Mais non, on avait juste des garçons enthousiastes entre 17 et 20 heures.

Sauf que ma voisine du dessous, elle n’est ni vieille, ni aigrie. Peut-être acariâtre à mon endroit, comme elle a au moins l’honnêteté de ne pas me sourire quand on se croise. Alors qu’Antoine serait prêt à se jeter de tout son élan sur sa jambe pour lui dire bonjour. Elle ne sait pas l’opportunité de tendresse (mais qui peut laisser des ecchymoses) qu’elle laisse en plan à quelques mètres d’elle en se ruant sur la porte d’entrée, c’est pour ça.

Ma voisine du dessous, c’est une jeune –plus jeune que moi ; c’est dire– célibataire en fonction des jours du mois, bien gaulée, discrète et travaillant dans le milieu médical. (Quitte à avoir un indic, autant que les informations aillent dans les deux sens, même si je n’ose imaginer la représentation qu’à l’inverse elle doit se faire de moi…)

Et tout a commencé le jour où j’ai appris que je passais trop l’aspirateur. Mon carrelage est blanc, mes enfants mangent par terre, ils me ramènent tout le gravillon de la création sous leurs chaussures à crampons, et tout l’été ma conne de voisine du dessus (rires) a épousseté ses tapis à son balcon, quand mes fenêtres étaient grandes ouvertes. Certes mon aspirateur franchit le mur du son quand il est au maximum de sa puissance, mais ça va, si je le branche 10 minutes tous les 2 jours, c’est bien le maximum. Et en plus je le passe l’après-midi pour être sure qu’elle n’a pas travaillé de nuit la veille…

« Tu pourras lui dire qu’elle arrête de marcher avec ses talons à 8h du matin ? »

Oui, il m’arrive de faire les choses bien quand j’emmène mes fils à l’école. Un « T’es belle maman ! » vaut bien de souffrir de gonarthrose dans 10 ans ! Mes pompes sont le dernier truc que j’enfile le matin, et je ne fais pas un défilé dans mon salon avant de sortir de chez moi. Et d’ailleurs, c’est parce que je porte tellement peu mes talons qu’ils prennent la poussière et que, donc, je dois passer l’aspirateur…

L’intermédiaire, la bouche en cœur, qui pense maladroitement ménager la chèvre et le chou, me fait passer un ultime message.

Faire tourner une machine à 20h, c’est le mal. Même quand elle travaille de nuit, je ne crois pas qu’elle se couche à 21 heures, faut pas pousser mémé dans les orties non plus. Enfin pour sa défense, ma machine a l’essorage frénétique. Vraiment. S’asseoir dessus les dix dernières minutes du cycle est une expérience fabuleuse pour les périnées relâchés. Et pour les enfants en mal de parc d’attractions, aussi.

Mais les princesses, ça vit dans les châteaux, mademoiselle. Pas dans un immeuble de seconde zone où des mères célibataires utilisent leur électroménager jusqu’au bout du bout de leurs capacités sonores.

Alors au prochain cafardage, je ligote le messager devant sa porte et sur le bâillon je collerai un mot : « L’intermédiaire ayant un tuyau d’aspirateur dans la trachée, merci de traiter dorénavant directement avec l’intéressée. Elle paie le café. »

Au cyanure, le café.

 

Dans les maisons modernes, il ya deux sortes de voisins: ceux du dessus qui font toujours du bruit, et ceux du dessous qui se plaignent toujours pour rien. |Anonyme]

 

29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 09:33

Les mains dans la lessive, l’urine et la merde, le regard perdu dans l’eau trouble et savonneuse du lavabo, je suis vide.

Je hurle sur un enfant qui me regarde sans me voir ; nu dans la baignoire, et qui fait des simagrées, comme le bébé qu’il n’est plus aurait pu faire pour m’attendrir.

Attendrie, je ne le suis plus vraiment. Vraiment trop peu. A la rigueur coupable et chagrine au moment où je m’attarde à veiller sur leur sommeil.

Je hurle d’incompréhension, je hurle ce qui me dépasse, ce que je ne supporte plus.

Je hurle la colère contre moi-même de ne pas réussir à m’arrêter de hurler. D’être une véritable furie.

Une sorcière.

Une lingère de fait qui ne voit plus le résultat de l’équation entre 8 pantalons qui sèchent sur l’étendage et une armoire vide. (« crévindiou, mais qu’est-ce que j’ va lui mettre sur l' cul ? »)

Je suis démunie face à ce petit garçon, avec lequel je n’arrive plus à communiquer.

Un petit garçon qui refuse de grandir. Qui me fusille de ses yeux noir avant de se mettre à pleurer, alors que je veux simplement lui mettre un slip.

Simplement.

Ce qu’il veut simplement, lui, c’est commencer par le dessert, c’est un câlin sur le canapé enroulé dans mes bras mais pas trop non plus, c’est le bâton qu’a son frère, c’est mettre ses bottes à l’envers, avoir la tête en arrière à « tu m’aimes ou tu m’aimes pas ? ». Non, il n’est pas compliqué. Il est un électron libre.

Mais si c’est simple, il y a aussi tout le reste, qui envahit le quotidien, le jour sur deux où il décide de n’en faire qu’à sa tête. Sa tête de petit coriace borné qui se croit plus fort que sa mère à ce jeu là.

Qui est plus fort que sa mère puisqu’il m’a poussé dans des comportements vicieux : l’anticipation, l’évitement, la feinte, le contournement... Je sais comment tu fonctionnes, alors je vais tout faire pour que tout fonctionne dans ton sens.

Mais quand le constat est établit, mon gars, il faut revoir ses stratégies. Si je t’encourage insidieusement à rester ce bébé autoproclamé, on court à la cacastrophe (si si).

L’heure est à l’offensive. Tu es fripon, je vais être frontale. Tu te joues de moi, je vais changer les règles, Einstein.

Petit manipulateur attachant, tu vas voir, grandir, c’est rigolo. Et si tu as peur, un petit peu comme moi ; je te tiendrais la main, il paraît qu’à deux on est plus fort. Mon indétrônable petit chat…

Jacques Higelin et sa fille Izïa, qui ont bercé l'écriture de ce texte, sur lequel j'étais depuis longtemps...

30 juillet 2013 2 30 /07 /juillet /2013 21:13

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Des triptyques pour virer la pub qui envahit le blog...

J'ai à nouveau internet, i'll be back!