Oh God, c’était la plus longue semaine du mois de novembre ; du genre de celles où tu te demandes franchement ce que tu es entrain de foutre. Quand tu sors prendre ton petit-déjeuner et que l’épais brouillard qui t’embrasse se fait l’écho de tes pensées brumeuses. Quand, de cinq journées qui n’en finissent jamais de s’étirer tu n’aboutis qu’à la conclusion qu’avec de l’ambition, la bosse des math, un acharnement de furieuse et cinq ans de moins tu aurais pu envisager un diplôme de sage-femme.
Et puis quand même, vendredi et l’heure de rentrer à la maison arrive, et je n’en reviens pas de voir avec quelle force j’ai hâte de retrouver mes deux petits oisillons. Un truc viscéral qui me prend, peut-être parce que je sais que je vais être accueillie à grand renfort de piaillements de joie et de câlins interminables.
Mes fils grandissent et ils ne comprennent rien du temps qui passe. Hier, tout à l’heure, demain, dans cinq minutes, vendredi sont des abstractions qui ne disent qu’une seule chose : maman n’est toujours pas là. Et quand finalement je pointe mon nez, c’est pour trop court, c’est pour deux petits jours. C’est la peur latente que je disparaisse à nouveau qui est dans chacun de leurs gestes.
C’est Antoine qui déambule dans tout l’appartement en appelant « maman » et qui me colle un bécot approximativement sur la joue aussitôt qu’il me trouve.
C’est Arthur qui tente par tous les moyens –surtout les pires– d’attirer mon attention.
Ce sont des reproches ambivalents pour l’horrible mère d’amour que je suis. Des palabres non verbales pourtant sans équivoques que je crée un vide immense dans leur vie cinq jours dans la semaine.
Mes colibris que j’aime si mal mais si passionnément, je n’oublierai pas de leur dire que le temps qu’on a juste pour soi est plus précieux parfois que tout le reste malgré ce qu’il en coûte.
Et si, dans vingt ans, ils me reprochent le fait d’être des handicapés affectifs, je leur rétorquerais : « caca boudin ! »