J-51, environ, avant délestage.
Jeudi, sur un coup de tête lors du rendez-vous mensuel avec ma sage-femme, j’ai demandé s’il y aurait une place pour moi dans un cours de sophrologie. Pour ceux qui me connaissent dans l’intimité de mon foyer, sophrologie et Anne-Claire dans la même phrase, c’est une antinomie qui fait bien rigoler.
La sage-femme avait justement de la place l’après-midi même, j’ai dis d’accord, avec un gros pincement au cœur en faisant le deuil d’un après-midi que je m’apprêtais jusque là à passer sans un fils hyperactif à satisfaire.
Sortis du rendez-vous, il me restait 55 minutes (quand je pense que c’était si long, en classe…) pour rentrer, faire manger Arthur tout en me sustentant également, enfiler ma tenue de combat, préparer le sac pour la crèche, faire pipi, changer une couche, habiller Arthur (pull, gants, bonnet, bottes, écharpe, manteau) sauter dans mes propres bottes (trop sex’ avec un jogging), chercher un drap pour protéger le tapis de sol, se demander ce qui nous a pris de s’inscrire à ce pu**** de cours en fourrant dans son sac le drap housse d’un lit deux places, descendre les 3 étages avec Arthur dans les bras parce que trop à la bourre, puis les remonter dans la même situation pour cause d’oubli de téléphone portable (des fois qu’Arthur se soit étouffé avec une petite voiture et qu’on m’appelle pour autoriser à commencer le massage). Redescendre, déposer le gosse, le déshabiller lui dire au revoir. Repartir et tout en marchant commencer d’apprendre à contracter son périnée pour éviter l’accouchement prématuré en pleine rue. Maudire maudire maudire cette triple andouille qu’on est à toujours avoir des idées débiles sans réfléchir, comme aller faire de la sophro avec sept autres baleine angoissées quand on pourrait se la couler douce à ne rien faire que surélever les jambes, vautrée dans son canapé…
Je suis bien sur arrivée la dernière, j’ai mis mon drap sur le tatami qui restait et je me suis assise, comme si de rien n’était.
Aujourd’hui, c’était donc un cours sur le périnée. Moi qui croyais que j’allais faire la sieste pendant deux heures…En fait, la première heure et demie, on a eu un cours d’anatomie focalisé sur le bassin et tout ce qu’il contient de vessie, utérus et autre intestin. On a aussi vu comment se déroulait la sortie du bébé, schémas à l’appui, avec moultes explications sur toutes les souffrances infligées au périnée pendant cette terrible épreuve (s’il-vous-plait, pas les forceps !). On était deux à avoir déjà vécu un accouchement, et moi, sans péridurale. Je me suis sentie comme le soldat rescapé de justesse, qui a vécu les pires horreurs de la guerre, sans pouvoir parler à personne de tous ces traumatismes qui le réveillent encore la nuit.
« Vous, sans péridurale, vous vous souvenez surement, quand vous avez eu envie de pousser, l’impression que tout va sortir avec le bébé ? » Moi, (humble), (rouge écarlate), (des souvenirs plein la tête), (les fesses serrées) : « oui oui »
« Et l’épisiotomie, sur le moment, ça fait pas mal, même pendant les points de suture, c’est étonnant, hein ? Mais après… » (Oh oui…après !)
Et la sage-femme qui continue d’insister sur les ravages de l’accouchement pour le périnée ; sur les terribles lacunes dans la formation de ses consœurs, sur la solitude de la jeune accouchée faute d’un suivi adéquat…Celle là est légèrement dans l’excès inverse et quand je l’écoute en repensant à mon accouchement, je vois déjà la chute d’organe qui se profile à l’horizon. Le deuxième va m’être fatal, c’est sur. Incontinente à 25 ans, ça y’est, ma vie est foutue, tout ça pour deux morveux qui n’en rameront pas une à l’école et qui ne quitteront la maison qu’à 35 ans, quand j’en aurais 60 et qu’il me restera encore 20 ans de turbin à tirer…
On enchaine avec le stop pipi (pas bien), les petites incontinences au moindre éternuement (80 kilos qui pèsent sur le périnée à chaque fois, quand même…) ou rire trop appuyé, les massages pour assouplir le périnée et faciliter le passage du bébé. Le tout à grand renfort d’anecdotes, moi je vous le dis, ça ne me manquait pas tant que ça, en fait, les échanges sociaux, l’appartenance à un groupe, tout ce qui fait qu’on ne devient pas une bête rustre agressive et poilue.
Et puis après avoir fait le plein d’images gores de femmes incapables d’arriver aux toilettes à temps, de périnées déchirés, d’utérus recousus, le tout entre parfaites inconnues qui maîtrise dans l’art de faire comme si tout était normal et la situation pas du tout hilarante ; il est temps de s’allonger et de fermer les yeux. Vous oubliez le fil de votre journée. Tout doucement, vous êtes de plus en plus détendue, vous arrivez aux portes du sommeil (il y en a déjà une qui a franchit le seuil, elle ronfle paisiblement), vous êtes dans un endroit qui évoque le calme, vous êtes confiante et sereine. Vous pensez à votre périnée, et vous le contractez dans toute sa longueur. J’y pense, mais rien ne se passe, suis-je normale ? Vous soufflez. Maintenant vous prenez du temps pour communiquer avec votre bébé. Vous pouvez le caresser, lui parler. S’il bouge, que sentez-vous, ses petits pieds ?
Et puis tout doucement, vous retrouvez le cours de la journée. Vous pensez à ceux que vous allez retrouver ce soir, et vous émergez, à votre rythme.
C’est le moment où j’écoute ce qui se passe du côté des autres femmes, histoire de pas être à la bourre et de me relever en même temps
qu’elles, parce que si je devais vraiment m’écouter, je m’étirerais franchement, ma voisine essuierait un coup de coude dans la pommette, et j’émettrais des sons gutturaux de toute splendeur.
Donc je reste sobre dans la démarche, je roule les chevilles, j’étire les bras comme je peux (si j’ai dix centimètres d’espace libre entre le mur à droite et ma voisine à gauche, c’est déjà
bien), j’ouvre l’œil, la musique expérimentale s’arrête, et je m’assois.
La sage-femme me soupçonne d’avoir dormi aussi. Ha ben non, j’ai passé dix minutes à ordonner à mon périnée d’obéir, sans succès. Je sens que je vais encore bien me marrer, moi, sur la table
d’accouchement...