Cher Père-Noël,
Considérant que ça fait déjà quelques années que je t’ai pas envoyé de travail supplémentaire, je me permets de t’écrire une lettre cette année.
J’ai été super sage. Surtout ces 6 derniers mois où je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool. Ca fait très longtemps que j’ai arrêté de fumer et je ne compte pas le nombre de semaines passées depuis l’achat de ma dernière tablette de chocolat. Je suis parfaitement saine, tu vois.
Enfin presque. Parce que la dinde gavée aux hormones, cette année c’est moi.
Et c’est pas bon. Ooh non ! Pas bon du tout.
Les hormones, c’est mal.
Je suis à fleur de peau constamment. J’ai toujours l’œil mouillé et les enfants ont pitié de moi (« arrête maman, tu vas faire pleurer la dame » disait le gosse d’une collègue à Jérôme que je rencontrais, entre les poires et les bananes au supermarché…)
J’ai réalisé à quel point c’était grave quand j’ai pleuré sans retenue toutes les larmes de mon corps, un soir devant Grey’s Anatomy au moment où le docteur Bailey berce une petite fille qui va mourir. (Touchez pas aux enfants !)
Et puis aussi, je sais bien que ça te passe au dessus, mais j’ai soif de superficialité. Quand je marche dans la rue, avec Arthur qui agite ses petits bras au rythme de la musique diffusée dans les hauts parleurs, quand je vois ces minuscules et délicats flocons de neige, toutes ces décorations, ces gens les mains pleines de sacs, de la satisfaction dans le regard ; j’ai envie de renier tous mes principes et de me jeter les bras grands ouvert sur la première vitrine que je croise. Et de baver allègrement, la joue écrasée, les yeux pleins d’étoiles et de désir de posséder.
Je me damnerais pour mon Nina Ricci, pour un foulard, un sac, des bottes, une paire de Converse, un perfecto…Père-Noël, je serais prête à récurer l’étable de tes rennes au coton-tige pour tout ça (et une machine à pain, une corde de mi pour la guitare, des partitions de piano, des livres, un joli bonnet…)
Tout cela n’est quand bassement matériel, je sais, mais le matériel, c’est ton domaine, justement. Si tu veux, je me contenterais aussi d’un ticket gagnant. On n’a pas de cheminée, mais ça passe largement entre les carreaux de nos fenêtres, y’a pas de mastic. J’en enverrais une photocopie à notre ancien proprio, pour lui dire que sa caution, il peut se la garder. Tiens, je lui renverrais le misérable chèque qu’il nous a donné avec sa lettre d’insulte, pour lui signifier à quel point c’est un pauv’ gars. Et puis j’en ferais aussi une copie pour notre actuel propriétaire, avec en commentaire « c’est qui le plus riche, maintenant ? » Et puis j’ouvrirais une chambre d’hôte, comme ça, juste pour le plaisir de rencontrer des gens de tous horizons. Je cultiverais mon petit jardin, et j’aurais plus le temps de penser à tout ce qu’il me manque pour être heureuse.
Je ne t’écrirais plus jamais, et si mes fils font des listes trop longues, je t’aiderais. Toi aussi, tes fins de mois doivent être difficiles. Tu vois ce que tu peux faire ?
Affectueusement.