Comme A., choisir me fais chier.
C’est pour ça que devant le présentoir, j’ai opté pour deux magazines. Un pour la frime, et l’autre pour être in.
Le premier, c’est Causette. Je l’ai acheté à cause du sous-titre « plus féminine du cerveau que du capiton » J’ai plus de graisse sous-cutanée que de matière grise, mais la prétentieuse en moi s’est quand même reconnue là dedans. Un peu.
L’autre, je l’ai pris au hasard. Entre toutes ces couvertures pleines d’anorexiques à poil, je voyais pas bien la différence. C’est la frivole, celle que les autres ne veulent jamais laisser parler, qui m’a convaincu d’en emporter un, en prévision de refroidir mon cerveau qui manquerait pas de chauffer à la lecture de trucs d’intellectuelles féministes à lunettes.
Premier constat : ça coûte vachement moins cher d’être conne.
Forcément, le magazine de nanas, il commence par 8 doubles pages de pub ; avec ça, ils pourraient même le distribuer gratos, leur féminin. Alors que Causette, à 4.90€ le bimestriel, c’est pas Cosette qui va se le payer, justement.
Et puis très vite, j’ai été gênée par le concept. Un magazine féminin écrit presque exclusivement par des femmes (à l’exception de la rubrique politique ; faut pas déconner non plus)…qu’est-ce que ça veut dire ? Elles prétendent se sortir du cliché « sois belle et tais-toi » mais 90% des articles abordent des sujets qu’on attribue aux femmes. Un dossier sur l’hystérie, une rubrique « On nous prend pour des quiches », un article sur les miroirs, etc. Est-ce que finalement ce n’est pas contre-productif ? Elles revendiquent l’égalité, l’émancipation, mais se bornent à mettre le masculin à l’écart…
Ou alors c’est moi qui n’ai rien pigé, et bien qu’il y ait à redire, on pourrait leur accorder le mérite d’exister et d’essayer de réveiller les consciences. C’est pas comme ça que je m’y prendrais, mais j’ai le cul sagement vissé sur ma chaise et je ne fais rien alors mon droit de parole…
Bon et puis je ne vais pas cracher dans la soupe, il n’est pas mâle, ce magazine…
Au moins, lui, il ne me propose pas des tests débiles que la caille en moi ne peut pas s’empêcher de faire, malgré les insultes que lui balance la rabat-joie.
Cette fois, il est question de savoir si je suis « amie-amie avec mon body » (rime riche…)
Comme ça m’arrive souvent, je me retrouve avec un bel ex aequo. On est ambivalente ou on ne l’est pas.
Mais alors là, c’est trop, la susceptible qui guettait en lisant bien installée sur mon épaule s’insurge violemment. Ma majorité de ronds rose me dit de trouver des verres correcteurs (que « visuellement parlant, je maltraite mon corps ») et celle de ronds orange m’assure au contraire de ma très bonne vue (j’ai « une vision assez juste de [ce même] corps »).
Donc en gros, ce qu’ils essaient de me dire, c’est que mon œil de lynx n’est pas passé à côté du cachalot que je suis véritablement. Et qu’en plus, je suis complètement schyzo. Je savais que je ne m’étais pas rapproché de ce groupe par hasard, sur facebook…