Jérôme dit que c’est de l’hystérie. Carrément ! De là à ce qu’il me compare à une de ses patientes il n’y a qu’un pas ! Hep amour, faudrait voir à surveiller ton vocabulaire.
Bref. J’adore rigoler, mais avec bébé dans le ventre, c’est franchement moins évident. Et lui le pauvre qui doit subir ces spasmes intempestifs…qu’est-ce qu’il doit penser de sa mère ? Qu’elle est gonflée celle-là, déjà on n’a pas de place là dedans et en plus elle me secoue comme un vieux pruneau.
Jérôme en tout cas à l’air de penser que ces soudains changements d’humeurs sont liés à la grossesse. Je m’rends pas vraiment compte. Peut-être bien qu’ils se sont accentués pour l’occasion ; je peux quand même pas aller contre tous ces bouleversements hormonaux. Mais les fous rire nerveux, je crois qu’ils font partie de moi (désolée Jérôme… !). J’assume. Le rire, c’est un peu ma soupape de sécurité, je décompresse à travers ça.
Oh et puis qu’est-ce qu’on s’en balance que parfois la chose la plus insignifiante déclanche chez moi un rire incontrôlable ? Et puis, comment l’expliquer, et qui va le comprendre, sans se dire « cette fille est complètement frappée » ?
Vous savez quoi ? Honnêtement je m’en fous de ce que peuvent penser ceux qui me rencontrent dans un de ces moments d’abandon, d’absence de maîtrise de moi. Moi j’adore ! C’est justement un des rares moments où les barrières de sécurité s’effondrent. Je deviens euphorique, et c’est sûrement comme l’effet d’une drogue. La perte de contrôle de soi. Dans ces instants je sens que la frontière s’effrite entre la fille (plus ou moins) raisonnable et la (grande) névrosée qui font toutes les deux partie de moi. Et c’est tellement agréable, ce lâcher prise…Comme un accès maîtrisé et sans risque à une autre partie de ma personnalité. Celle qu’on a tous potentiellement en nous, mais qu’il faut brider parce qu’elle fait peur à la société. Pouvoir se payer le luxe d’être carrément insensé, de surprendre, d’être incompris, d’inquiéter, même.
Jamais je n’abandonnerais mon si précieux petit grain de folie. Et devenir maman n’y changera rien ! J’espère juste que Jérôme me pardonnera. Mais au fond de moi, je crois qu’il me comprend. Et puis après ? Même s’il capte que dalle au mystère Anne-Claire… … … Ça n’en est qu’encore plus drôle !