J’ai un piano !!
J’ai un piano!
I’ve got a pi-a-no…
Et pas n’importe lequel. Non, un qui est rempli d’amour et de souvenirs de famille, de jeunesse, et de ma grand-mère…
J’ai un piano !!
Je suis tellement contente que lorsqu’ils sont venu le livrer, ces deux gars au muscle saillant et au souffle court (après 3 étages avec 600 kilos sur les épaules) se sont surement demandé qui de la grande dinde au sourire niais où de son petit dindon hystérique était le prodige.
J’ai un piano, et le soir même de son arrivée dans le salon, alors qu’Arthur travaillait ses gammes, assisté de son papa (oui oui, un carnage, en somme) notre voisine du dessous et ses deux enfants venaient célébrer la nouvelle avec nous : « enfin des voisins qui font du bruit ! Tout est si calme ici. » C’est la voisine qui le dit. Et j’imagine que niveau décibels, ils ne sont effectivement pas déçu, avec nous et notre artiste en devenir ; bien qu’il soit plus chanteur que musicien, encore. Batteur, à la rigueur. Enfin comme ça, ça ne me met pas du tout la pression à chaque fois que je vais foirer un morceau. Heureusement pour eux, il y a une sourdine.
Heureusement pour Arthur et Jérôme aussi, d’ailleurs.
Car j’ai un piano, mais j’ai aussi un enfant, qui vient faire ses compo en même temps que je joue mon rigoureux prélude. Où qui me jette ses jouets dans les côtes pour me signifier soit que a) il se fait chier, ou que b) c’est nul, la musique classique.
Car enfin, j’ai un piano, mais aussi un homme qui sortit de Jean-Marc, le chanteur régional, n’y connaît rien à la grande musique.
Donc en fait, le matin je ne pourrais pas jouer car la voisine du dessus bosse de nuit. L’après-midi, je suis toujours aussi seule avec Arthur, donc à moins que je le bâillonne et l’enferme dans sa chambre, ben voilà quoi. Et le week-end Jérôme et ses goûts de chiotte sont là. Dois-je encore m’attendre à ce que mon adorable voisine du dessous mette des boules puantes dans ma boîte à lettres avec en plus des menaces de vengeance de la part de sa fille violoncelliste alors que vraiment ils ont l’air gentil, et que j’irais bien me faire payer l’apéro, moi ?!
J’ai un piano, donc, et je vais passer pour une brèle à chaque fois qu’on aura des invités qui me demanderont de jouer, parce que d’une fois sur l’autre, ils ne verront aucun progrès, et je jouerais toujours les mêmes vieux morceaux…
Tout ça c’est du vent, moi je m’en fous, j’ai un piano, et c’est mon plus beau cadeau. La musique, comme tous les arts, c’est
d’abord un plaisir égoïste, et je compte bien être égoïste aussi souvent que je peux.
