En fait, c’est super long, de parler de 10 livres. Même si je n’écris pas grand-chose, ça prend de la place, alors je vais diviser ça en deux parties, histoire de ne pas complètement vous faire mourir d’ennui. De toute façon, ils ne sont pas vraiment classés par ordre de préférence (même si ceux dont je parlerai dans la deuxième partie sont quand même excellentissimes –non, je ne peux pas dire ça, ces 5 là sont tout aussi bons– haaaaa ils sont tous trop biiiiien !!)
Testament à l’anglaise, Jonathan Coe
Un bouquin qui m’a franchement emballé à l’époque (il y a 6 ans) et que depuis j’ai souvent conseillé.
L’histoire d’un écrivain dépressif et agoraphobe qui se voit confier par une vieille folle la mission de retracer l’histoire de sa famille, la dynastie Winshaw, qui tient toutes les ficelles de la vie publique British, dans les années de miss Thatcher.
C’est une satire politique sans concessions, mais pas seulement, puisque à travers le portrait de chacun des membres Winshaw, Michael Owen (l’écrivain) déterre des secrets de famille minutieusement enfouis ; ce qui fait de ce bouquin un presque roman policier avec moult rebondissements, et intrigue à résoudre.
J’adore l’humour noir si typiquement anglais, la construction même du bouquin qui nous balade d’une époque à une autre, l’histoire de cet Owen qui passe du gentil paumé au reporter intrépide malgré lui, le fait qu’on passe de découverte en découverte en finissant par ne plus être étonné de ne tomber que sur des personnages tous plus perfides et manipulateurs les uns que les autres, et puis cette fin à la Agatha Christie ; bref, un bon petit roman à avoir au pied de son lit, pour se détendre à la toute fin de la journée.
Les Vivants et les Morts, Gérard Mordillat
« On ne peut pas seulement se rêver, et mourir sans jamais avoir vu ses rêves s’accomplir »
Comme en plus d’être romancier, il est cinéaste, Mordillat a adapté pour la télé son roman. C’était en 8 parties, diffusées il y a peu, sur France 2. Vous l’avez peut-être vu ? Moi il m’a clairement donné envie de relire le bouquin, que j’ai découvert la première fois, enceinte d’Arthur.
Les vivants et les morts, c’est l’histoire d’une usine qui ferme, et c’est surtout l’histoire de tous les gens qui dépendaient de cette usine. Les ouvriers et les patrons, et puis aussi toute la ville. C’est plus précisément la vie d’une vingtaine de personnages qu’on suit, qu’on voit souffrir, se révolter, espérer, s’aimer, se détruire.
C’est un roman vrai et vivant ; humain. Actuel. Comme une chronique sociale, avec en plus un regard omniscient.
Un peu plus de 800 pages, mais qu’on lit sans les sentir passer ; vraiment.
Millénium, Stieg Larson
J’ai déjà parlé sur le blog, de cette trilogie, l’histoire, c’est ici et mon avis c’était dans un autre article. Pour éviter une foule de liens que vous ne prendrez pas le temps d’aller voir, je vous le copie-colle ici (oui, c’est aussi ce qu’on appelle de la facilité…) je m’auto-cite, mais je sais que je ne ferais pas mieux que ce que j’avais écris ce jour là, alors…
La frustration, c’est un bon signe, à la fin d’une lecture. Tourner les pages à reculons, voir les dernières pages arriver de plus en plus vite. Se trouver face à ce paradoxe terrible qui est d’accélérer son rythme de lecture pour mettre fin à un suspens insoutenable tout en souhaitant que ce ne soit pas déjà la fin de l’histoire…Etre presque triste de ne pas connaître la suite des relations amoureuses de Blomkvist, et avoir un goût amer dans la bouche à l’idée que Lisbeth puisse de nouveau avoir des emmerdes sans qu’on le sache…Etre triste, en somme, de se sentir abandonné par ces personnages qu’on a aimé, alors qu’ils n’ont même pas de vie en dehors du papier !...
J’ai adoré, donc. De façon inconditionnelle. Malgré de gros détails qui te font tiquer au moment de la lecture –les gentils sont hyper futés et les méchants sont des balourds avec un petit pois dans le crâne ; la sapö est constituée d’une équipe de bras cassés ; les faibles sont tous des miraculés–
J’ai presque pardonné à l’auteur ces petites libertés improbables, parce que l’histoire est passionnante, les conspirations angoissantes, les rebondissements incessants. Environ 1900 pages de plaisir, de détente, de délectation. Je me suis complètement laissée embarquée, et franchement, c’était trop bon.
Sacha Guitry
« Les hommes n’ont que ce qu’ils méritent. Les autres sont célibataires ! »
« Je suis contre les femmes ; tout contre. » Extrait de L’Esprit de Paris.
Il faut tout lire, de ce séducteur misogyne !
Pour ma part je l’ai découvert dans la bibliothèque de ma grand-mère. Il paraît que c’est mon grand-père qui se délectait de ces pièces de théâtre pleines d’esprit, de bons jeux de mots, et d’humour incisif.
Je suis fascinée par ce genre d’auteurs, qui manient la rhétorique avec une simplicité que j’envie par-dessus tout. Et je pourrais passer des après-midi entiers à lire ses citations qui sont bien souvent pour moi paroles d’évangile. Oui, Sacha Guitry, c’est un peu mon dieu, finalement.
Mon père avait raison, Je t’aime, Le mari, la femme et l’amant, Un soir quand on est seul, Mon double et ma moitié, N’écoutez-pas Mesdames… Autant des pièces qui sont des remèdes contre les jours de pluie. Et la seule excuse valable que je pourrais accepter d’un ami qui arrive en retard (« pardonne-moi, j’étais avec Sacha Guitry, et je n’avais aucune volonté de m’en défaire »).
« Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d’eux, ils en diraient bien davantage»
Paroles, Jacques Prévert
La poésie, souvent, je passe complètement à côté. Moi, il faut me parler sans métaphores filées, et plus généralement sans figure de style, sinon, j’ai toujours le sentiment de ne pas bien comprendre, de rater le message que l’auteur a voulu faire passer. La poésie, c’est trop subjectif, c’est trop personnel, pour moi qui suis toujours entrain de chercher du sens. La plupart du temps, je me retrouve donc face à des rimes qui restent hermétiques. Je me souviens des recueils de poésie au lycée. Baudelaire, Apollinaire, Verlaine…et vas-y qu’on va chercher à comprendre grâce aux césures et aux litotes ce qu’ils ont voulu dire ! Ça me gonflait ! Et puis un jour, dans une librairie, je me suis retrouvée face à celui-là et je l’ai acheté. Jacques Prévert ne pouvait pas rester que le nom du collège que j’avais fréquenté. Je l’ai ouvert au hasard, et j’ai commencé à lire. Et Paroles m’a véritablement parlé. Il n’y a pas de convention respectée, pas de strophes, de tercets, de rimes et de tout ce qui plombe habituellement la poésie. Et pourtant, ça remplit son rôle d’évasion, de rêverie. Quand je lis ce recueil, je m’évade, je me projette, je me retrouve. Mystérieusement. J’aime parce que c’est tendre, c’est drôle, c’est pudique, c’est humain, c’est au plus près de la vie. Dedans, parmi tant d’autre, on trouve la célèbre Chanson du geôlier, ou encore celle [Chanson] des escargots qui vont à l’enterrement mais moi, c’est ce poème là que j’ai envie de choisir aujourd’hui :
Cet amour
Cet amour
Si violent
Si fragile
Si tendre
Si désespéré
Cet amour
Beau comme le jour
Et mauvais comme le temps
Quand le temps est mauvais
Cet amour si vrai
Cet amour si beau
Si heureux
Si joyeux
Et si dérisoire
Tremblant de peur comme un enfant dans le noir
Et si sûr de lui
Comme un homme tranquille au milieu de la nuit
Cet amour qui faisait peur aux autres
Qui les faisait parler
Qui les faisait blêmir
Cet amour guetté
Parce que nous le guettions
Traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Parce que nous l’avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié
Cet amour tout entier
Si vivant encore
Et tout ensoleillé
C’est le tien
C’est le mien
Celui qui a été
Cette chose toujours nouvelle
Et qui n’a pas changé
Aussi vrai qu’une plante
Aussi tremblante qu’un oiseau
Aussi chaude aussi vivante que l’été
Nous pouvons tous les deux
Aller et revenir
Nous pouvons oublier
Et puis nous rendormir
Nous réveiller souffrir vieillir
Nous endormir encore
Rêver à la mort
Nous éveiller sourire et rire
Et rajeunir
Notre amour reste là
Têtu comme une bourrique
Vivant comme le désir
Cruel comme la mémoire
Bête comme les regrets
Tendre comme le souvenir
Froid comme le marbre
Beau comme le jour
Fragile comme un enfant
Il nous regarde en souriant
Et il nous parle sans rien dire
Et moi je l’écoute en tremblant
Et je crie
Je crie pour toi
Je crie pour moi
Je te supplie
Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s’aiment
Et qui se sont aimés
Oui je lui crie
Pour toi pour moi et pour tous les autres
Que je ne connais pas
Reste là
Là où tu es
Là où tu étais autrefois
Reste là
Ne bouge pas
Ne t’en vas pas
Nous qui sommes aimés
Nous t’avons oublié
Toi ne nous oublie pas
Nous n’avions que toi sur la terre
Ne nous laisse pas devenir froids
Beaucoup plus loin toujours
Et n’importe où
Donne-nous signe de vie
Beaucoup plus tard au coin d’un bois
Dans la forêt de la mémoire
Surgis soudain
Tends-nous la main
Et sauve-nous.