J’ai découvert, depuis Arthur, un plaisir solitaire, qui est de fréquenter seule les salles obscures.
J’aimais déjà beaucoup le cinéma avant ça, mais beaucoup moins l’inéluctable : « alors, t’as aimé ? » qui suivait dès l’apparition du générique. C’est comme ça, il me faut mes dix minutes pour m’extraire du film, avant de reprendre le cours de ma vie.
Si je déteste être prise à partie durant ces dix minutes, en revanche il y a des films que j’aime partager. Celui que j’ai vu il y a deux jours par exemple. Plusieurs fois j’aurais voulu tourner la tête sur le siège à côté du mien, pour trouver sur Jérôme un rire complice. Au lieu de quoi il y avait une douzaine de cocottes bien trop proprettes à mon goût pour écouter cette musique de dépravé qu’était le rock and roll britannique de la fin des sixties. Encore que…Dans le film on en voit des paquets de saintes nitouches en chemise de nuit suspendues au transistor. Mais celles-là s’offusquaient parce qu’un animateur à la voix rocailleuse osait prononcer « the F word » alors qu’à ma droite elles gloussaient à chaque démonstration de la candeur du jeune premier. C’est moins rock and roll, tout ça.
Parce que vous n’en avez peut-être pas entendu parler, The Boat That Rocked –traduit chez nous par Good Morning England, bordel mais qui se charge de faire les adaptations ? Traduire un titre anglais par un autre dans la même langue, ça c’est brillant. Surtout quand le sens du titre original est accessible à un collégien– Bref. The Boat That Rocked disais-je, c’est l’histoire d’une bande de DJ, retranchée sur un vieux bateau ancré en pleine mer du Nord, qui anime l’une des principale radio pirate diffusant de la pop et du rock 24h/24, alors qu’en Grande-Bretagne à cette époque (1966), la BBC ne passait pas plus de 40 minutes par jour de ces chanteurs subversifs qu’étaient The Kinks, Wilson Pickett, The Rolling Stones, The Hollies et tous les autres.
Il n’y a que dans mes rêves que je suis une fille drogue sexe et rock & roll. Et sur mes ongles courts et mal vernis aussi, un peu. Rock & roll, je le suis devant la glace, parfois. Quand je suis seule et les rideaux tirés. Donc moi, j’ai bien aimé ce film ; même si pour les vrais de vrais, genre ceux qu’ont passé leur adolescence avec les cheveux longs pour cacher les boutons, à fumer des joins et à jouer de l’air guitare sur Paint it Black à fond sur la chaîne Hifi dans leur garage, ce film c’est sans doute la loose. Il ne faut pas oublier que c’est Richard Curtis qui est aux manettes. Le réalisateur de Quatre mariages et un enterrement et Love Actually, pour ne citer que ces deux là. Des petites comédies débridées, mais pas trop non plus, donc.
M’enfin mis à part une ou deux scènes un peu en dessous, le film vaut le déplacement, à une seule condition : qu’il soit programmé en vost. Et aussi que le prix de la place soit raisonnable. Mais ça ne fait en vérité qu’une seule condition, car jamais on ne trouvera un film étranger grand public à Gaumont dans sa langue maternelle. Et oui, être un des pays qui maîtrise le moins les langues étrangère, ça se cultive. En vost alors ; juste pour se délecter d’entendre de la bouche d’un anglais un mot devenu presque désuet en France : négligé. Je vous parle du léger vêtement féminin, pas de mon état quand je traîne en pyjama chez moi (c’est bon, il est 22h43, j’ai le droit non ?) Négligé. Avec the big accent anglais, c’est hyper sexy. Même dit par un type qui ne l’est pas forcément au premier abord.
Les acteurs sont performants, pour nous donner des personnages roc…ambolesque (trop drôle), il y a
des répliques cultes (I find that the alcohol sharpens my mind, je trouve que l’alcool m’aiguise l’esprit) on rigole et pour le même prix on a de la bonne musique…Il n’y a que la fin qui flirte
dangereusement avec le pathos avant de sombrer dans le happy end, ce qui est un peu décevant, il faut bien l’avouer. Mais hey, c’était pour dire qu’à la fin : Rock is not
dead.

P.S : J’ai mis 7.5/10 à ce film, et Jérôme, qui l’a vu hier, lui mettait facilement 8. Mais tout ça est très arbitraire en fait.