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Qu'en reste-t-il?


Après trois bouquins entamés sans parvenir à en terminer un seul, mon cerveau atrophié désespérait sérieursement de retrouver une lecture qui l’enthousiasme un peu.

Et puis j’ai acheté ce livre, le Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton. Pour une amie avec qui je faisais du théâtre.

J’étais bien obligée de le lire, histoire d’être sure de la qualité de son contenu. Dit-elle, comme pour se justifier… Ce n’est pas la preuve qu’elle l’aimera, mais en attendant je sais que je me le garderais bien pour moi ! Ne serait-ce que pour la citation de Bertrand Dubois mise en exergue : « Pourvu qu’il nous arrive quelque chose. » Allez savoir pourquoi, ça me parle.

Je ne vais pas faire l’apologie de ce petit livre (cher, en plus) même si je l’ai trouvé tour à tour drôle, poétique, et légèrement cynique ; le tout écrit par un comédien passionné et accessible, qui n’oublie pas de nous sensibiliser sur la place accordée à la culture dans notre politique actuelle –aussi petite que le budget qui lui est alloué, en fait–. Le livre est parsemé de petites allusions bien senties, sans pour autant plomber la lecture, au contraire. Je pense que c’est ce qui fait que ce livre  ne s’adresse pas qu’aux personnes sensibilisées au théâtre, mais bien à n’importe qui s’intéressant un minimum à la culture.

Pour ma part cette lecture m’a replongée 8 ou 9 ans en arrière, à l’époque de mes quelques cours de théâtre. Je me suis fais surprendre par la nostalgie…

L’idolâtrie pour le prof de ma première année, qui fumait la pipe et m’appelait « p’tite tête ». La boule au ventre avant le début de chaque cours, et la transpiration excessive sous les aisselles. La trouille permanente de faire un exercice ridicule face au reste du groupe. L’angoisse puérile de passer pour une conne, de ne pas faire « bien » alors qu’il n’y a pas de comparaison à faire ; de ne pas avoir compris l’exercice. Et puis le con de prof qui nous faisait faire du clown pour lâcher prise quand moi je ne vivais que pour le regard des autres et que j’étais susceptible au possible.

Mais pourquoi je faisais du théâtre, moi, à part pour goûter aux supplices d’un ulcère à l’estomac ??

Pour oser. Sortir de moi. Pour me dire « je l’ai fais ». Réaliser que l’on peut dépasser toutes ces limites que l’on se fixe. Etre investie dans un projet de création.

Avoir si peur, mais me sentir tellement vivante.

Et puis pour l’adolescente que j’ai été pendant ces années lycée, ça fait partie de mes meilleurs souvenirs de liberté. Les fous rire, les complicités, les rivalités, les béguins, un baiser dans les coulisses, les clopes fumées avec les techniciens du spectacle, l’envers du décor, son avis à donner, les costumes improbables, le spectacle à monter, l’infini des possibles, être ivre d’idées, le bon trac derrière le rideau, la honte devant les amis, tout autant que la fierté devant la famille…

A cette époque j’étais inconséquente et naïve, je garde de l’amertume et des regrets…mais s’il est des moments qui ne font ressurgir que du plaisir quand j’y repense, ce sont bien tous ceux passés à fréquenter les théâtres.

Toutes ces heures passées à avoir envie, à vouloir partager, à déborder d’euphorie, à vouloir crier, courir pour évacuer un trop plein d’enthousiasme. Tous ces instants plus personnels d’introspection où l’on sent que c’est chaud à l’intérieur et que c’est agréable de sentir toute cette vitalité qui ne demande qu’à s’exprimer. Où paradoxalement le doute constant, la remise en question et le tract ne font que confirmer qu’on est bien exactement là où on doit être…

Non, vraiment, ce bouquin m’a fait plaisir. Maintenant, reste plus qu’à s’y remettre…



Et un petit extrait pour la route :

« E comme énergie

[…]

L’énergie c’est l’envie qui la donne plus que le glucose. L’envie de dire quelque chose à quelqu’un, voilà le vrai sucre lent. Cette envie d’en découdre avec quelque chose ! Oui, faire du théâtre comme on ferait une guerre, une guerre de timide, une guerre de tout seul dans son coin, une guerre de personne me comprend. Faire du théâtre parce que vous avez la naïveté de croire encore en l’impact d’une phrase, parce qu’un mot est un pavé, parce qu’il manque un dieu, parce qu’il reste, vous en êtes sûr, des tâches blanches sur les cartes, parce que des envies de pleurer vous remontent du bas-ventre en pensant à ce manque de conquêtes, parce que, fuir, il n’en est pas question, se rendre non plus et se pendre à une corde porte malheur. »

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C
<br /> Ce texte laisse entrevoir ce que peux représenter le théatre, pour ceux qui le pratiquent de l'intérieur...merci de cette confidence! cela laisse un peu sans voix une telle intensité d'émotions<br /> possibles... je me suis toujours dis que je n'aurais jamais pu faire ça, et lire ce texte à la fois confirme  que non, je n'aurais pas pu, et à la fois donnerait envie de vivre ce<br /> type de moments forts (c'est un bien faible mot...) et d'émotions!<br /> christine<br /> <br /> <br />
Répondre
M
<br /> je me vois trop bien faire du théatre ça m'irai bien je pense, ça me canaliserai un peu<br /> je crois cet art est une bonne forme de thérapie pour toutes sortes de pbm, allez on va tous prendre des cours de théatre, on sera tout joyeux, on prendra plus d'antidépresseurs et en moins de deux<br /> on rebouche le trou de la sécu (cf les bn tu l'auras bien compris)<br /> <br /> <br />
Répondre
A
<br /> Oui tout a fait d'accord avec toi sur le mot thérapie. C'est encore mieux que le BN ;)<br /> La pratique du théatre permet une prise de recul, et donc de conscience sur soi, qui est très intéressante. On en apprend beaucoup sur soi-même. C'est très agréable, et ça rend humble, bien<br /> souvent!<br /> <br /> <br />
M
<br /> Ton article me touche particulièrement car ayant fait également trois ans de théatre amateur dans la troupe du lycée, je ne peux que verser ma petite larme de nostalgie en lisant tes mots qui<br /> correspondent si bien à ce que j'ai également vécu..<br /> <br /> Les souvenirs remontent à la surface et j'oscille entre le soulagement de ne plus avoir à vivre ce trac et la nostalgie de ne plus vivre toute cette magie liée au surpassement de soi, la sensation<br /> de se sentir vraiment vivant etc<br /> <br /> Je me souviens particulièrement ces longues heures de répétition à devoir faire abstraction du regard d'autrui, à admirer les "plus âgés que soi" qui sont si cultivés, sont si beaux et se<br /> débrouillent si bien, les sandwichs et les chips avalés à la hâte pendant les filages, les fous rires contenus pour ne pas trop énerver la prof, les bagarres pour avoir le rôle qu'on convoitait,<br /> les débats animés sur la vision d'une tirade...<br /> et le spectacle en lui même : les fous rires  nerveux en coulisse, les maquillages ratés et la solidarité.. <br /> <br /> Et enfin le moment où l'on monte sur scène, le 1er pas qu'on pose c'est comme si on était le 1er Homme a avoir marché sur la lune, on a tellement peur au début qu'on aimerait donner tout ce que<br /> l'on possède pour ne pas être là, et l'instant d'après on se lance, et on ressent une sensation jamais ressentie auparavant, la fierté, la peur, la passion, tout ce qui fait qu'en fin de compte on<br /> arrive à ne pas se tromper dans son texte..<br /> <br /> Et les applaudissements qui viennent ensuite, ce sourire qu'on arrive pas à enlever de son visage niais et fier...<br /> <br /> Ah, j'avoue, tout cela me manque tellement.. Je sais que ça a changé  ma vie car ça a changé ma façon d'être, j'espère avoir le courage un jour de m'y remettre,  mais honnêtement, c'est<br /> un sacré don de soi, et il faut être prêt à se relancer dans l'arêne..<br /> <br />  <br /> <br /> <br />
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A
<br /> <br /> Whaou merci beaucoup de ton témoignage Marine!<br /> <br /> <br /> Moi aussi ça me manque, j'espère avoir l'occasion d'en refaire un jour pas trop lointain.<br /> <br /> <br /> Oui, le moment où tu entre sur scène, je n'en ai pas parlé, et de te lire, ça m'a remémoré encore pleins d'autres souvenirs, du genre ceux où tu tremble tellement que tu crois que tes genoux vont<br /> te lâcher et que tu va t'écrouler sur la scène ;)<br /> <br /> <br /> C'est sur que c'est une expérience qui bouleverse pas mal sa vie et sa façon de penser, surtout dans cette période de quète que constituent les années lycées...<br /> <br /> <br /> <br />