Depuis hier chez nous, enfin chez notre proprio plus exactement, c’est Déco.
Une semaine pour tout changer. Non, on passera pas à la télé dimanche soir, parce qu’ils ont oublié Valérie. C’est ballot.
Heureusement que je suis là, en bonne journaliste pour vous faire le topo, hein mes petits chats ?
Franck, qu’on appelle Fred, par ici, est venu tout seul hier, dans son beau complet blanc de
plâtrier peintre. On a bien tapé la discut’ entre deux cigarillos qu’il allait fumer dehors. On a causé chiffon, ordinateur, on a fait gouzi gouzi avec Arthur, et puis il a un peu bossé aussi,
entre temps. Oh, tranquille ; il a enlevé la tapisserie de la cuisine, de la salle d’eau et des waters. Mais attention ! Faire tomber la tapisserie c’est pas le truc long et fastidieux
que t’as toujours vu tes parents comme ils faisaient à la fin des années 80 avec des machines barbares que c’était pas pour les enfants. Là, fastoche, tu prends un bout, tu tire, tout vient, et
hop le béton est en dessous. « ha y s’est pas emmerdé votre proprio » : Franck heu Fred, dans le texte.
Nous, le soir, à chercher où est passée la brosse à dent (mais Jérôme, sur le frigo vers la porte
du balcon, c’est évident) après avoir squatté le canap’ et mangé des pizzas du congèle comme des djeuns trop cool, à mater un film de 1982 où Mel Gibson était encore capable d’exploser des
bad guys pour quelques litres de gazole (eh oui, c’était déjà la crise à l’époque). A 22 heures tout le monde était au lit, le seul endroit où on se
sente encore chez nous.
Ce matin, 7h17, Arthur se lève, avec son père. Après 10 minutes à essayer de me souvenir la citation inspirée que j’ai déclamé cette nuit dans mon rêve au bord d’une piscine à des copines époustouflées (putain mais même dans mes rêves j’ai pas de potes garçons ?!) ; je lâche l’affaire. Si ça se trouve, elle n’avait aucun sens, en vrai, cette phrase dont j’étais pas peu fière.
7h49, Fred et deux autres gars sont là. Nous on est déjà en poste sur le canapé, à tremper nos ptits dèj de Lu dans notre thé, comme deux pauvres bougres. Avec Arthur, dans sa chaise, qui suce la patte de Sophie la girafe, l’air perplexe face à cette agitation matinale.
« Aller les gars, on va maroufler ! »
Regard complice avec Jérôme (si si ça nous arrive) j’ai mon Déco rien qu’à moi ! Dommage que le père noël m’ait pas apporté un bleu, il s’en serait fallu de peu que je saute dedans et que je dégaine ma marouflette pour aider. Allez mes loulous, dites moi où on commence ? Comment ça y’a pû personne ? He les gars z’êtes où ? Ha…cigarillos dehors. Non trop froid pour moi, tant pis ! Adieu mes rêves de télé réalité. T’façon Déco y vont jamais chez les pauvres, qui refont que la moitié de leur non-appartement.
Y’a quand même un truc cool, c’est que c’est pas Valou qui va choisir les couleurs, c’est moi ! Enfin si je peux les débarrasser de leurs fonds de pots de peinture orange, c’est bien aussi…
Franchement, une semaine pour tout changer, c’est mieux à la télé.
Sauf pour la musique. Ici, on fait pas dans le recyclé, avec ce
vieux tube de y’a deux ans qu’M6 passe encore quand la famille, émoustillée de découvrir sa nouvelle Déco (« Whaaaaaa j’ai pas de mot tellement c’est trop beau ! Rhoo, trop j’te kiffe
Val’, merci Déco ! vive la life ! vive la France ! T’as vu j’passe à la télé ! ») . Non, nous, c’est de l’authentique, du dolby surround, c’est l’Hymne à la joie sifflé
sur escabeau en marouflant toujours. Et puis entre deux intonations : « Ben Fred, t’as trop picolé hier soir que tu fais la gueule ce matin ? » Haa…la solidarité entre
collègues, c’est beau. Surtout venant de Robert qui a l’air déjà bien imprégné lui-même. Jérôme me dit arrête ça fait cliché, et pourtant, il s’appelle vraiment Robert, et quand il pisse dans
notre chiotte, y’a encore comme des effluves subtiles d’alcool à brûler. Pareil que quand tu manges des asperges après ça sent le renard musqué. Enfin mon oreille qui traînait par là me dit que
le whisky va encore tourner à midi. Et puis le vendredi, le weekend commence à 11 heures, histoire d’avoir plus de temps pour
l’apéro.
Enfin j’ai l’air condescendante avec ces plâtriers, et c’est
facile de balancer, surtout quand on me tend des perches pareil. Mais dans toute cette histoire, y’en a un qui a l’air de prendre la chose très au sérieux.
Quand je s’rait grand, j’veux être plâtrier maman.