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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 14:51

Hier, c’était THE sortie scolaire de l’année, pour les nains de petite section.

Moi, zéro sens du sacrifice, depuis septembre ma contribution à la vie scolaire de mon fils s’était limitée à l’achat d’une boîte d’œufs pour son gâteau d’anniversaire. (enfin presque)

Alors le mois dernier, quand j’ai trouvé dans le cahier de liaison une demande d’accompagner les 3 classes de petits en sortie, je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je me porte volontaire. (Je crois que c'est Jérôme qui m’a forcé la main avec un sourire sadique « tu travailles pas, c’est l’occasion de faire un truc mère-fils »).

 

Dimanche soir, devant le frigo ouvert, en pensant pique-nique, je fouille dans mon cerveau pour retrouver la définition du mot « enthousiaste ». Mais Antoine semble l’être pour deux, alors je ne me fatigue pas trop.

Lundi matin, 7h08, dans la chambre ils sont au taquet. Je me lève. Pas le choix, je ne sais encore pas de quoi le pique-nique sera fait. Coup d’œil à la fenêtre, il pleut, hallelujah !

Enfin il pleuvine. Sûrement pas de quoi décourager l’optimisme névrotique de la maîtresse d’Antoine.

8h40, la clope du condamné entre accompagnants. Mes super copines mamans sont au top de l’équipement : k-way, basket et sac à dos. Moi : groles trouées, veste perméable, et sac en bandoulière. Touriste, une philosophie de vie.

8h55, les minots sont dans les starting-blocks, capuche sur la tête, sac à dos pleins, en rang par deux. La bruine nous donne le top départ, Antoine me donne la main, et moi je donnerais mes cheveux pour pouvoir faire demi-tour. Mais en fait, je ferme la marche, avec Antoine tout sourire, et un autre gosse qui me raconte des trucs auxquels j’entrave que dalle rapport au fait qu’il ne parle pas super bien. Finalement, j’aime bien ma relation avec mon fils quasi muet.

9h15, on traverse laborieusement le parcours santé. Ça monte, ça descend, le terrain est gras. Le petit à ma gauche s’arrête tous les 15 mètres (« Attend ! Une feuille jaune ! » « Ooooh c’est quoi ce truc ? » «  Hey t’as vu on voit la rivière » « Et qu’est-ce qu’y y’a sur le chemin là bas ? ») Le petit à ma gauche, qui doit bien faire deux fois le poids d’Antoine et qui répond invariablement à mes questions par « moi j’ai faim ». Essayer d’entretenir une conversation avec un enfant de trois ans, j’avais oublié ce que c’était.

Et puis on arrive au parc. Le groupe se divise en deux, la conteuse s’installe. Tout le monde s’assied sous des gros arbres, et c’est partit pour 45 minutes de contes sur l’Afrique, qui commencent par l’histoire d’un hibou et d’une hirondelle. Of course… Avec une animatrice pâle comme un cul et dont le débit de parole ne dépasse pas 2 phrases à la minute. En même temps, vu les capacités intellectuelles du public, elle aurait tord d’arrêter le Tranxène. (« Si le mouton a peur du loup, il faut qu’il boive du sirop de poils de loup. Et si le mouton à peur du chien, alors, il faut qu’il boive du sirop de poil de ??? – De louuuuup ! »)

Ensuite (j’ai plus vraiment eu le temps de regarder l’heure) pause pipi. 29 gosses, 2 toilettes, c’était pas long du tout. Surtout que l’atsem était là et qu’elle voulait qu’ils se lavent les mains. J’aurais bien sauté cette étape, étant donné que de toute façon, y’avait pas de savon, mais bon, c’est pas comme s’il faisait 10° dehors et qu’avec pull et k-way, remonter les manches, c’était juste la misère.

20 minutes plus tard, donc, quartier libre. On était dans un parc. Avec toboggan et balançoires. Mes épaules peuvent vous dire que la balançoire a eu un franc succès.

Et encore une fois, je me suis rendue compte de la réalité d’un enfant de 3 ou 4 ans. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas tous égaux. En rien du tout ! Entre la grignette de 10 kilos tous mouillés et la brute qui pèse le triple, y’a un moment tu revois l’ergonomie de ta posture pour le caser dans la nacelle ! Et puis il y a ceux qui ne comprennent pas ce que « lève tes jambes » signifie, ceux qui ne veulent pas qu’on les pousse trop fort, ceux qui grugent tout le monde dans la queue, ceux qui se jettent systématiquement pile dans la trajectoire de la balançoire et que si tu n’avais pas des réflexes de ouf se seraient fait péter les dents et pas que, ceux qui lâchent les mains à la balançoire « de grand » (sans nacelle) font un vol plané et se relèvent péniblement, les yeux encore pleins d’angoisse, sans avoir comprit le lien de cause à effet… Et tout ça en essayant de converser avec eux. Bon, là, je reconnais que j’ai des grosses lacunes : les petits qui apprennent à parler, c’est l’horreur. Je serais en face d’un IMC que je comprendrais peut-être mieux ce qu’il me raconte. Là, une fois que je leur avait fait répéter 3 fois leur prénom et que c’est la maman d’à côté qui finissait par me faire la traduction (j’ai du passer pour une demeurée…) je me contentais de pousser la balançoire, en silence.

« Comment tu t’appelles ?

- Alissi

- Alissi, ha d’accord. (Putain les parents savent plus quoi inventer comme prénom aujourd’hui…)

- Non, Alexy (me corrige la maman)

- Ha ben oui, bien sur. » (Enfin Alexy avec un y quand même…)

Mention spéciale pour Lana-Lee. Je comprenais Nanali. Pardon mais dans les deux cas, ça ne veut rien dire.

Après ce qui me semble une éternité à plier et tendre les bras, c’est le repas.

Déballage de sandwich à la chaîne, non Alpha (et c’est bien son vrai prénom) tu ne peux pas prendre les chips de ton voisin, tu es allergique aux arachides. Tomates cerise qui giclent, verres renversés, queues de fraises à enlever, fraises à rincer parce que boîte renversée. Toi tu manges debout, et la bouche pleine tu gères ton propre fils qui taxe dans la gamelle de la voisine. « Antoine, cha chuffit, manche auchi ta quiche ! »

Après tout ça, deuxième pause pipi et lavage de mains. Les toilettes sont au sous-sol sans ascenseur du château d’à côté, l’angoisse dans les escaliers… On remonte, on retourne au lieu de rdv pour le grand jeu, et là : « je veux faire caca… » Les enfants sont formidables.

Avec mes copines mamans on échange un regard désespéré. Café clope ne sont pas prévus au programme, il y a des deuils difficiles à faire.

 

Le grand jeu. Non.

Plutôt : grand soupir, le jeu…

18 photos disséminées dans tout le parc. Avec au dos de chacune une gommette de forme et couleur différente. Le but : trouver chacune des photos, retenir la gommette qui se trouve derrière, revenir au point central pour récupérer la gommette, la coller sur notre feuille de route, et recommencer. 18 fois. Tout ça avec 90 gosses et une vingtaine d’adultes, même en Chine il y a moins de monde au mètre carré.

Avec notre groupe, on l’a fait 6 fois. Après, on pouvait plus, y’en a une qui déambulait les yeux fermés, un qui commençait à devenir violent, une qui nous suppliait pour faire du toboggan, deux qui arrachaient les photos, une aussi naze que sa copine qui nous suivait sans rien dire et un qui allait jouer avec son copain d’un autre groupe. Soit. Toboggan ce sera.

14h30, distribution de bonbons, photo de groupe : « levez les bras ! » s’il y en a la moitié qui calculait encore la consigne, c’est beau, et regroupement des classes pour le retour.

Clopin-clopant, on repart, je ferme une nouvelle fois la marche et doit encourager 6 gamins au bout de leur vie. A ce moment là, moi je voyais la fin de ce périple à quelques dizaines de minutes de moi, je les ai boostés les nains ! Enfin c’était avant qu’Antoine se colle à mes jambes, les bras tendus, la tête en arrière, la supplication évidente dans ses « aaaaa, maman, aaaa » Je l’ai porté deux minutes, jusqu’à ce que la maîtresse nous surprenne et repose Antoine par terre.

Après moultes encouragements, le graal, l’école se profile sous nos yeux. Nous sommes tous des loques humaines, les enfants sont des déchets, la maîtresse a le smile, on lui refourgue le lot, et ciao. Une heure de liberté avant de retourner les chercher à 16h30, je suis rentrée boire un grand bol de café noir, et à la sortie de l’école, le soleil pointait son nez.

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commentaires

B
J'ai mal au ventre tellement j'ai ri....! Les gosses sont formidables!
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R
Bonjour,
Je suis journaliste pour France 5 et prépare actuellement un dossier sur la location d'appartement.
Je recherche un témoignage comme le vôtre http://anneclaire.over-blog.fr/article-la-crainte-et-la-galere-118234733.html
Pourriez-vous svp me contacter sur l'adresse temoins@laquotidienne.net?
Merci
Rebecca
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V
Heureusement qu'il n'y a que toi qui écrit ton ressenti, car si tout tes muets pouvaient parler....
Mais après tout ils ont certainement passé une très très bonne journée....
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J
Merci pour ce bon p"tit moment de rigolade qu'on est heureux de partager à distance... J'aime la vie je fais des bébés...Et après ?... Ben faut une bonne dose de talent et d'humour, ce que devrait avoir toutes les mamans. Well done ;)
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